Syrie: des opposants (presque) unis?

L’opposition politique syrienne tente de fédérer ses forces sous l’égide du Qatar et de la Ligue arabe. Mais l’issue de cette unification reste indécise. Éclairage

Vincent Braun
Syrie: des opposants (presque) unis?
©AFP

L’échec est interdit. Voilà au moins un point sur lequel semblaient s’accorder les différentes composantes de l’opposition syrienne réunies depuis jeudi dans la capitale qatarie, Doha. La tentative d’unification, qu’elles mènent sous l’égide du Qatar et de la Ligue arabe, restait indécise. L’espoir était pourtant de mise la veille. La cinquantaine de participants à la réunion, dont l’ancien Premier ministre syrien Riad Hijab (ayant fait défection en août), avait annoncé être proche d’un accord.

Le Conseil national syrien (CNS), le principal groupe de l’opposition (composé surtout de politiciens en exil), a demandé in extremis un report de 24 heures de la réunion de vendredi soir. Le CNS a pris du retard dans le renouvellement de ses instances dirigeantes, opéré cette semaine à Doha. Le nouveau bureau exécutif de 11 membres, élu vendredi, devait encore procéder à l’élection de son chef - programmée à l’origine jeudi. Quatre membres de cette instance étaient pressentis pour succéder au Kurde Abdel Basset Sayda : Georges Sabra, Hicham Marwa, Nazir al-Hakim et Ahmad Ramadan.

Mais, surtout, le CNS semblait hésiter à composer une "fédération" dans laquelle son influence, prépondérante depuis le début du mouvement d’opposition contre Bachar al Assad, se retrouverait de facto diluée.

Cette démarche d’unification paraît pourtant essentielle pour une opposition qui apparaît considérablement fractionnée en groupes de tendances confessionnelles, régionales, tribales L’idée est de constituer un corps politique suffisamment représentatif pour ne souffrir aucune critique de légitimité, notamment aux yeux de la communauté internationale. Sans compter qu’il s’agit aussi d’améliorer le dialogue avec un commandement également unifié de l’armée syrienne libre, la principale force d’opposition armée, lui aussi en cours de constitution (voir ci-dessous).

L’enjeu est même crucial pour l’opposition puisque celle-ci devrait être amenée à jouer un rôle d’avant-plan dans une éventuelle transition politique, voire à prendre les rênes de la Syrie, dans l’hypothèse - encore improbable eu égard à ses dernières déclarations - où le président Bachar al Assad jetterait l’éponge. C’est cette même opposition fédérée, une fois reconnue par la communauté internationale, qui serait à même de s’emparer des ambassades et représentations diplomatiques syriennes et du siège syrien aux Nations unies dès le moment où le pouvoir actuel aura perdu toute légitimité, comme le soulignait une source présente à la réunion de Doha.

Deux propositions sont sur la table. Celle de l’opposant Riad Seif, un ex-député, qui prévoit la formation d’une instance politique d’une soixantaine de membres, représentant le CNS, les groupes civils animant le soulèvement (les comités de coordination locaux), les groupes militaires, les oulémas et d’autres composantes de la société syrienne. Cette instance politique doit à son tour constituer un gouvernement transitoire d’une dizaine de membres et un conseil militaire.

Le CNS propose, pour sa part, la tenue d’un congrès national de 300 membres dans les zones libérées. Cette assemblée représenterait - quasiment - les mêmes groupes et serait chargée de composer un gouvernement de transition qui pourrait administrer les zones libérées, canaliser l’aide humanitaire et chapeauter les groupes militaires.

Plus tôt dans la semaine, le CNS avait renouvelé ses instances dirigeantes, tout en les restructurant. La principale coalition de l’opposition s’était élargie à d’autres courants. Une opération devenue incontournable. Encore plus depuis que les Etats-Unis, qui avaient reconnu fin 2011 sa légitimité à représenter le peuple syrien, eurent récemment insisté sur son problème de représentativité. Hillary Clinton avait déclaré la semaine dernière que le CNS ne pouvait "plus être considéré comme le représentant visible de l’opposition". Sous-entendu, des représentants d’autres groupes d’opposants devaient y être intégrés. Afin de mieux représenter les diverses tendances politiques (libéraux, laïcs, islamistes ) de même que les tribus et les minorités ethniques et régionales.

Le nouveau comité général du CNS, étendu à 400 délégués (dont la moitié sont des nouveaux venus), représente désormais 24 blocs politiques distincts et 32 formations révolutionnaires actives en Syrie.