Édito: Les larmes d’Obama

Barack Obama a montré une émotion sans précédent, peinant à retenir ses larmes, parlant comme un père de famille avant de s’exprimer en tant que Président.

Édito: Les larmes d’Obama
©afp

Les Américains ont franchi vendredi un nouveau degré dans l’horreur avec une fusillade, dans une école primaire du Connecticut, qui a fait une vingtaine de morts dont une majorité d’enfants âgés de cinq à dix ans. Et pour ajouter au dégoût que l’événement inspire, le tireur fou, un jeune homme de 24 ans, a d’abord tué son père, puis a abattu sa mère, qui enseignait dans l’école, et s’est acharné sur les élèves de sa classe.

Une telle tragédie, avons-nous la faiblesse de penser en Europe, devrait relancer le débat sur l’accès aux armes à feu aux Etats-Unis, sinon sur leur possession, qui est un droit constitutionnel auquel les Américains sont, dans leur grande majorité, attachés comme à la prunelle de leurs yeux. Rien n’est, hélas, moins sûr. De Columbine à Virginia Tech, le pays a connu d’autres drames sanglants sans que les consciences soient ébranlées au point de remettre en cause une attitude à l’égard des armes qui semble consubstantielle à l’identité américaine.

Vendredi pourtant, en présentant ses condoléances, Barack Obama a montré une émotion sans précédent, peinant à retenir ses larmes, parlant comme un père de famille avant de s’exprimer en tant que Président. Cette empathie avec les familles des victimes sera-t-elle partagée par le reste de la classe politique, dans les deux grands partis, et en particulier au Congrès, le seul endroit où l’on peut changer la législation pour faire évoluer les mentalités ? Ces larmes difficilement contenues de l’homme le plus puissant de la planète soulèveront-elles une lame de fond qui forcera une nation à s’interroger sur ses valeurs, et le puissant lobby des armes à reconsidérer son intransigeance ? On en est réduit à l’espérer.

Édito de Philippe Paquet


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