Une ascension résistible du populisme

Peut-on comparer le climat politique de la période actuelle avec les sinistres années 30, comme l’a sous-entendu Albert II dans son discours de Noël ?

Olivier le Bussy
Une ascension résistible du populisme
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Peut-on comparer le climat politique de la période actuelle avec les sinistres années 30, comme l’a sous-entendu Albert II dans son discours de Noël ? On retrouve effectivement des similitudes entre les époques, en constatant que les partis extrémistes (de droite), populistes (de gauche et de droite) et/ou nationalistes font florès presque partout dans l’Union.

L’exemple le plus glaçant est celui du parti d’inspiration néonazie Aube dorée, qui a tiré parti de la crise économique et sociale dans laquelle est plongée la Grèce, pour glaner 18 sièges au Parlement lors des législatives de mai 2012. On a ici affaire à un parti antisystème, dont les miliciens mènent, littéralement, la chasse aux immigrés.

En Hongrie, le parti ultranationaliste et irrédentiste Jobbik se distingue par son discours antisémite. Un de ses dirigeants, Márton Gyöngyösi, a récemment demandé que l’on recense les parlementaires et les membres du gouvernement "d’origine juive, qui représentent une certaine menace pour l’identité nationale" . De plus, le Jobbik n’a jamais pris ses distances par rapport aux violences commises contre les Roms par des associations citoyennes "d’autodéfense", héritières de la Garde nationale, milice paramilitaire interdite en 2009.

Perte de repères

La crise de la zone euro a offert à ces formations politiques une tribune pour fustiger les élites, les immigrés, les Roms, "la bureaucratie de Bruxelles", les dispendieux Etats membres du Sud, les peu solidaires pays du Nord et la mondialisation Mais il ne faudrait pas pour autant oublier qu’un parti comme le Front national est implanté de longue date en France, tout comme l’est le FPÖ en Autriche - il fut le partenaire de coalition des conservateurs de l’ÖVP, de 2000 à 2005.

Signe que la crise n’explique pas tout : on a assisté ces dernières années à la montée en puissance, dans des Etats prospères, de partis populistes, ultraconservateurs, nationalistes, euro- et xénophobes. Le Parti du peuple danois et le Parti pour la liberté aux Pays-Bas pesaient déjà dans leur paysage politique respectif. Les xénophobes Démocrates suédois ont obtenu 5,8 % des suffrages et 20 sièges aux législatives de 2010; les Vrais Finlandais ont 19 % et 39 sièges au Parlement aux législatives de 2011.

Autant de succès électoraux (relatifs) qui peuvent se lire comme les symptômes d’une crise de confiance des citoyens envers le modèle d’ouverture, de tolérance et d’Etat providence qui caractérisait ces pays.

La capacité de nuisance de ces partis ne tient pas à l’exercice du pouvoir - actuellement, aucun gouvernement ne compte de parti de ce type, dans l’Union. La pression qu’ils font peser sur les partis traditionnels influence les discours, sinon les décisions de ces derniers. La manière dont, en France, l’UMP a "extrême droitisé" son discours sur l’intégration, pour s’attirer les faveurs de l’électorat du Front national, est un exemple parlant à cet égard.

Des défaites populistes et xénophobes

De là à juger que les années 2010 sont un calque des années 30, il y a un pas.

A huit décennies de distance, le contexte global a considérablement changé et le trauma des deux Guerres mondiales reste encore présent dans les esprits. L’appartenance à l’Union européenne et son corollaire - l’interdépendance de ses Etats membres - tiennent notamment lieu de garde-fous contre les dérapages politiques à grande échelle.

Ensuite, le mouvement imprimé par les partis extrémistes et nationalistes n’est pas irréversible. On en veut pour preuve les résultats des dernières législatives au Danemark, en 2011, ou aux Pays-Bas, en septembre 2012. Pour la première fois depuis 2001, le Parti du peuple danois a perdu du terrain. Et chez nos voisins du Nord, le PVV de Geert Wilders, qui avait tout misé sur une campagne europhobe, a connu un revers spectaculaire : des 24 sièges à la Chambre basse conquis en 2010, il n’en conserve plus que 13.

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