Washington contemple le gouffre fiscal

Le réveillon du Nouvel An s’annonce très bousculé à Washington. Le Congrès tente de sauver les meubles. Mais ses efforts seront au mieux cosmétiques.

Stéphanie Fontenoy, Correspondante aux Etats-Unis
Washington contemple le gouffre fiscal
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Le réveillon du Nouvel An s’annonce très bousculé à Washington. Les chefs de file des partis démocrate et républicain au Sénat, Harry Reid et Mitch McConnell, ont planché tout le week-end sur une proposition susceptible d’être votée in extremis ce lundi à la Chambre haute afin d’éviter le fameux "gouffre fiscal" qui menace les Etats-Unis. Même dans le scénario positif d’un accord au Sénat, le texte devra être soumis à la Chambre des représentants où son avenir est plus qu’incertain.

L’incapacité politique à gérer le dossier explosif du budget américain et de sa dette galopante sème la consternation. "C’est un peu comme jouer à la roulette russe avec l’économie. Et les conséquences pourraient être énormes", confiait samedi Mark Warner, le sénateur démocrate de Virginie au "New York Times". Rentré de ses courtes vacances à Hawaï mercredi dernier, le président Obama a utilisé son allocution hebdomadaire samedi pour rappeler les risques de l’inaction. "Nous ne pouvons nous permettre une automutilation de notre économie. Le marché immobilier se redresse, mais cela pourrait être stoppé si les fiches de salaire sont réduites. Le taux de chômage est à son niveau le plus bas depuis 2008, mais les foyers et les sociétés serrent la vis à cause des dysfonctionnements à Washington." Barack Obama s’est déclaré optimiste qu’un accord soit trouvé dans les deux chambres "en temps et en heure".

Espoir épuisé

A 24 heures de la date butoir du 31 décembre à minuit, l’espoir d’une avancée substantielle dans la manière de gérer sur le long terme la politique fiscale et budgétaire des Etats-Unis est épuisé. Tout au plus, un accord de dernière minute ce lundi bloquerait les hausses d’impôts automatiques pour la grande majorité des foyers américains, à l’exception des plus riches qui devraient payer plus. Mais aucune décision de fond ne sera prise dans l’immédiat sur la façon de réduire les dépenses publiques.

Les deux pierres d’achoppement principales de la négociation sont bien connues. La première, qui consiste à priver les 2 % des Américains les plus riches d’un allègement de leur fiscalité (octroyée sous la présidence de George W. Bush), fait bondir les Républicains qui ne veulent pas entendre parler de hausses d’impôt. La seconde, qui prévoit de revoir l’attribution des avantages sociaux comme la pension et le Medicare, l’assurance santé publique des retraités, irrite les Démocrates, très à cheval sur ces acquis. Récemment, John Boehner, le président de la Chambre des représentants a lâché du lest, envisageant une hausse d’imposition pour les revenus supérieurs dépassant un million de dollars. Un autre seuil, celui de 400000 dollars, est souvent évoqué dans le cadre des négociations.

En cas d’impasse au Capitole, les Etats-Unis atteindront le "mur fiscal" le 2 janvier 2013. Cette date artificielle avait été fixée par les élus au cours de l’été 2011 comme ultimatum aux difficiles négociations sur le relèvement du plafond de la dette. Un an et demi plus tard, la situation est tout aussi désespérée. Mercredi dernier, le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, a rappelé l’urgence au Congrès. Le plafond autorisé des crédits de l’Etat, fixé à 16394 milliards de dollars, sera à nouveau atteint ce 31 décembre.

Une cure d’austérité radicale

Sans bonnes résolutions du Congrès, le "gouffre fiscal" pourrait coûter cher à la lente reprise économique américaine. Selon le plan drastique décidé en 2011 par les élus de Washington, les impôts augmenteront automatiquement pour 90 % des Américains et les budgets de tous les ministères et de certains programmes sociaux, notamment les indemnités de chômage, seront réduits. Dans ce scénario, l’économie américaine souffrirait au total d’un manque à gagner de 600 milliards de dollars (450 milliards d’euros) pour la seule année 2013. Une cure d’austérité radicale à laquelle les foyers américains auraient bien du mal à faire face et qui pourrait replonger le pays dans la récession.

Politiquement, le président Obama et les Démocrates au Congrès accuseront le camp républicain d’un tel échec. Le nouveau Congrès qui sera inauguré cette semaine à Washington héritera de la patate chaude. Une réforme du code fiscal et la question du relèvement du plafond de la dette ne sont pas près de quitter l’actualité en 2013 !