Mur budgétaire : la Chambre entérine à son tour l'accord

La Chambre des représentants a entériné mardi soir un accord arraché de haute lutte et évitant de justesse aux Etats-Unis la cure d'austérité du "mur budgétaire", une victoire pour le président Barack Obama. Il a salué "un pas vers une fiscalité plus juste".

AFP
Mur budgétaire : la Chambre entérine à son tour l'accord
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La Chambre des représentants a entériné mardi soir un accord arraché de haute lutte et évitant de justesse aux Etats-Unis la cure d'austérité du "mur budgétaire", une victoire pour le président Barack Obama qui doit désormais promulguer ce texte.

Epilogue d'escarmouches répétées et de négociations acharnées à Washington depuis des semaines, l'assemblée dominée par les républicains a adopté le dispositif législatif peu après 23H00 (04H00 GMT mercredi), dans les mêmes termes que le Sénat moins de 24 heures plus tôt et par 257 "oui" contre 167 "non".

M. Obama devait commenter cette adoption dès 23H20 (04H20 GMT) lors d'une allocution à la Maison Blanche.

L'élément le plus notable de ce texte consiste en une hausse des impôts pour les plus riches: le taux d'imposition passera de 35% à 39,6% pour les foyers aux revenus supérieurs à 450.000 dollars par an.

Il laisse en revanche en suspens de nombreuses questions avec le report de deux mois de l'échéance sur des coupes claires automatiques dans les dépenses publiques, en particulier militaires, et augure donc d'une nouvelle bataille à court terme entre la Maison Blanche et les conservateurs du Congrès.

Mais dans l'immédiat, M. Obama, deux mois après sa nette réélection pour quatre nouvelles années à la tête de la première puissance mondiale, a enfin obtenu ce qu'il recherchait de longue date: l'expiration, pour les contribuables les plus aisés, des cadeaux fiscaux hérités de l'ère de son prédécesseur républicain George W. Bush.

Malgré le rapport de forces au Congrès a priori défavorable au président, ce dernier a bénéficié dans cette crise d'une situation particulière: l'échec d'un accord aurait provoqué le "mur budgétaire".

Il s'agissait d'un cocktail de hausses d'impôts dues à l'expiration des allègements issus de la présidence Bush et de coupes drastiques dans les dépenses, fruit d'un marchandage datant de 2011 au Congrès.

Afin de ne pas apparaître comme les responsables d'un tel choc d'austérité, potentiellement dangereux pour une croissance américaine encore convalescente, une partie des républicains de la Chambre se sont rangés aux côtés de démocrates, permettant d'atteindre la majorité absolue.

Mais d'autres républicains de l'assemblée, en particulier soutenus par la mouvance populiste d'ultra-droite "Tea Party", ont refusé le texte au nom de leur principe de rejeter toute hausse d'impôts.

Cette résolution de la crise aux dernières heures de la journée de mardi arrive à point pour éviter un éventuel décrochage des places financières, en particulier Wall Street, qui rouvriront mercredi matin après la trêve du Nouvel An et avaient manifesté leur nervosité lors du cheminement tortueux des négociations depuis novembre.

Le Sénat, siégeant une nuit de la Saint-Sylvestre pour la première fois en plus de 40 ans, avait en premier adopté le texte mardi peu après 02H00 du matin (07H00 GMT) à une écrasante majorité (89 voix contre huit). Ce compromis avait été négocié par le vice-président Joe Biden et le chef de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell.

Avant même le vote de la Chambre, la Maison Blanche avait parlé d'une "victoire pour les familles de la classe moyenne et pour l'économie". Elle avait aussi vanté une solution "qui maintient l'impôt sur le revenu à un niveau modeste pour la classe moyenne" et qui signifie que "les millionnaires et les milliardaires paieront leur juste part pour réduire le déficit".

Mais le président a dû transiger et certains dans le camp démocrate ne cachaient pas leur déception: il avait défendu avec force pendant sa campagne de réélection un seuil à 250.000 dollars plutôt qu'à 450.000.

Toutefois, en repoussant de deux mois des décisions sur les coupes pour lutter contre les déficits, l'accord entériné mardi enclenche un nouveau compte à rebours vers un "mur budgétaire" qui pourrait s'avérer encore plus ardu à résoudre.

Le Congrès devra en effet relever au premier trimestre le plafond légal de la dette américaine, atteint officiellement lundi, une procédure qui avait donné lieu en 2011 à une crise politique aiguë.

Obama salue un pas vers une fiscalité plus juste

Le président des Etats-Unis Barack Obama a salué mardi soir l'accord entériné quelques minutes auparavant par le Congrès pour éviter le "mur budgétaire", et affirmé qu'il tenait ainsi une de ses promesses de campagne d'établir une fiscalité plus juste. "L'un des piliers de ma campagne présidentielle était de changer un code des impôts qui était trop favorable aux riches aux dépens de la classe moyenne", a déclaré le dirigeant démocrate lors d'une courte allocution nocturne à la Maison Blanche.

"Ce soir, nous l'avons fait grâce aux voix des démocrates et des républicains au Congrès", a ajouté M. Obama, 20 minutes à peine après que la Chambre des représentants à majorité républicaine eut emboîté le pas au Sénat dominé par les démocrates en adoptant un projet de loi augmentant notamment le taux d'imposition des foyers aux revenus supérieurs à 450.000 dollars par an. Une partie des républicains a accepté de voter pour ce dispositif, malgré leur rejet de principe de toute hausse de la pression fiscale, car l'alternative aurait été le "mur budgétaire", des hausses d'impôts pour la quasi-totalité des contribuables et des coupes claires dans les dépenses de l'Etat fédéral, en particulier de défense.

M. Obama, qui avait interrompu ses vacances dans son archipel natal de Hawaii (Pacifique) au lendemain de Noël pour revenir gérer à Washington cette énième crise avec les républicains du Congrès, devait reprendre son avion Air Force One dans la nuit pour retrouver près de la capitale Honolulu son épouse et ses filles, restées sur place, a annoncé la Maison Blanche.

Mais avant cela, il a mis en garde ses adversaires contre la tentation de prendre leur revanche budgétaire lors d'autres échéances qui se profilent à l'horizon, comme le nécessaire relèvement du plafond légal de la dette d'ici à la fin du premier trimestre.

"Je négocierai sur beaucoup de choses, mais je ne débattrai pas encore avec le Congrès sur la nécessité d'acquitter les factures induites par les lois déjà adoptées", a-t-il martelé, en rappelant l'épisode de l'été 2011, quand une telle échéance avait coûté aux Etats-Unis une dégradation de la note de leur dette souveraine par l'agence Standard and Poor's.