L’offensive islamiste au Mali bloquée par la France. Mais ensuite ?

L’appui de plusieurs centaines de militaires français à l’armée malienne a été "décisif", selon celle-ci, pour stopper, ce week-end, la progression des combattants islamistes qui contrôlent le Nord-Mali depuis avril et qui avaient entamé la conquête du reste du pays jeudi, par la prise de Konna, verrou de la route du sud. Samedi, Konna était reprise par l’armée malienne avec l’appui aérien français, après des combats qui auraient fait 11 morts dans l’armée malienne, "46 au moins" chez les islamistes -dont un chef d’Ansar Dine, Abdel Krim, dit "Kojak"- selon des témoins cités par l’AFP, un pilote d’hélicoptère français et une dizaine de civils, selon "Human Rights Watch".

Marie-France Cros

Mali

L’appui de plusieurs centaines de militaires français à l’armée malienne a été "décisif", selon celle-ci, pour stopper, ce week-end, la progression des combattants islamistes qui contrôlent le Nord-Mali depuis avril et qui avaient entamé la conquête du reste du pays jeudi, par la prise de Konna, verrou de la route du sud. Samedi, Konna était reprise par l’armée malienne avec l’appui aérien français, après des combats qui auraient fait 11 morts dans l’armée malienne, "46 au moins" chez les islamistes -dont un chef d’Ansar Dine, Abdel Krim, dit "Kojak"- selon des témoins cités par l’AFP, un pilote d’hélicoptère français et une dizaine de civils, selon "Human Rights Watch".

Dimanche, huit avions et des hélicoptères de combat français ont continué à attaquer les colonnes de 4x4 des islamistes ainsi qu’un camp militaire d’Ansar Dine à Léré (150 km au nord de Konna) - ce qui a provoqué l’afflux de 200 réfugiés, surtout femmes et enfants, en Mauritanie voisine. Des places islamistes ont également été visées près de Douentza (170 km au nord-est de Konna) et Nampala (100 km au nord-ouest de Konna). Paris a reconnu aussi des opérations d’avions Rafale venus de France contre des positions militaires islamistes à Gao, la plus grande ville du Nord-Mali, où "l’hôpital de la ville déborde de blessés et cadavres" amenés par des convois de 4x4 des combattants refluant vers le nord.

Cinq cents soldats français ont aussi été déployés à Bamako, au sud, où vivent 6 000 Français. L’intervention armée de Paris semble avoir été bien accueillie dans la capitale malienne, où le président par intérim Traore, après avoir remercié la France, a appelé ses compatriotes à tout faire "pour éviter les amalgames" -soit un appel à ne pas lancer de pogroms contre les Touaregs et Maures vivant au sud. Objets de discrimination par leurs compatriotes noirs en temps normal, les ressortissants de ces ethnies le sont encore plus depuis l’offensive islamo-touarègue d’avril dernier, qui a permis l’invasion du Nord avant la mise à l’écart du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad, nom touareg du Nord-Mali), groupe autonomiste touareg laïc, par les islamistes.

La Tunisie, corridor islamiste ?

Dimanche, oubliant apparemment ses défaites face à ses ex-alliés, le MNLA n’a pas hésité à demander dans un communiqué diffusé à Dakar que l’armée malienne ne pénètre pas au Nord-Mali - "avant le règlement politique du conflit qui nous oppose", soit la revendication d’autonomie de l’Azawad.

Le communiqué assure cependant que "le MNLA s’impliquera pour le succès des opérations de lutte contre le terrorisme" mais plaide pour "qu’il n’y ait pas d’amalgame entre (la population de l’Azawad) et les terroristes". Soit, ici encore, pour que les civils touaregs ne fassent pas l’objet de massacres.

On note, par ailleurs, la déclaration alarmante du président tunisien, Moncef Marzouki, qui, samedi, a déclaré que les combattants islamistes au Nord-Mali étaient une menace pour la Tunisie, qui est en train de devenir "un corridor" pour les armer. "On commence à savoir que nos propres jihadistes entre guillemets sont en relation avec ces forces terroristes. On a l’impression que la Tunisie est en train de devenir un corridor entre l’armement libyen et ces régions-là" au Mali, a-t-il dit à France 24.

Bamako attend ce lundi l’arrivée des premiers soldats de la force panafricaine annoncée depuis avril dernier. C’est le Nigéria, qui a annoncé 600 hommes, qui la commandera. Le Sénégal, le Togo, le Niger, le Burkina Faso ont promis 500 soldats et le Bénin 300.