Egypte : la révolution, puis la crise

Deux ans après avoir renversé l’ancien régime, les Egyptiens attendent toujours de récolter les premiers fruits de leur "sursaut". Des affrontements entre forces de l'ordre et égyptiens ont marqué le début de cette journée d'anniversaire.

Vincent Braun
Egypte : la révolution, puis la crise
©AP

L’Egypte est sur les genoux. Deux ans jour pour jour après sa révolution, le pays plus peuplé du monde arabe est confronté à une situation économique alarmante que la crise politique peine à résorber rapidement. Désertion des touristes et des investisseurs, creusement du déficit budgétaire, inflation, chômage des jeunes, précarité croissante et austérité attendue, le cocktail est explosif. Et bien loin des idéaux de justice sociale et de bien-être économique prônés par la révolution.

Le pays, qui doit relancer sous peu une négociation avec le Fonds monétaire international (FMI) pour l’obtention d’un prêt crucial, a un besoin urgent de capitaux sous peine de ne pouvoir faire face à ses dépenses courantes. Depuis la révolution, l’Egypte a vendu pour plus de la moitié de ses réserves de change, qui ont chuté de 36 à 15 milliards de dollars. Si bien que la Banque centrale a reconnu, il y a quelques semaines, que les réserves avaient atteint un "minimum critique".

L’Egypte tente, depuis fin de l’année dernière, d’obtenir un prêt de 4,8 milliards de dollars (3,6 milliards d’euros) au FMI. Mais l’octroi de ce prêt est conditionné à la mise en œuvre d’une série de réformes, telle une réduction drastique des subventions sur les carburants et les produits alimentaires de base.

Des mesures impopulaires que le gouvernement égyptien avait décidé de postposer, de même que sa demande formelle de prêt au FMI, le temps que la population participe au référendum sur le projet de constitution. Une tactique qui s’est révélée payante, le texte ayant été adopté. Au risque de creuser l’ornière financière dans laquelle se trouve le pays. Ce prêt du FMI est crucial dans la mesure où il est la clé qui ouvrira d’autres portes.

Creuser l’ornière financière

Face à l’urgence, plusieurs pays ou institutions ont délié leur bourse pour soutenir la transition égyptienne. L’Union européenne et des institutions financières associées ont annoncé, il a douze jours, avoir accordé pour 5 milliards d’euros d’aides, sous la forme de dons, de prêts à taux réduit et de prêts, pour la période 2012-2013, afin de soutenir la transition démocratique en Egypte. Quelques jours plus tôt, le Qatar avait avancé 2,5 milliards de dollars (1,9 milliard d’euros) afin de combattre la dévaluation de la monnaie, la livre égyptienne n’ayant cessé de perdre du terrain face au dollar.

En attendant, l’Etat se répand en initiatives diverses pour stimuler son économie et attirer les investisseurs, afin d’améliorer la situation de l’intérieur. Il a notamment activé l’Organisme général de l’investissement, qui permet à tout entrepreneur égyptien ou étranger de réaliser toutes les démarches en un seul endroit. Un lieu où l’encadrement serait, selon les autorités égyptiennes, propice à créer un climat de confiance nécessaire pour les affaires, accélérer les procédures et réduire les risques de corruption, véritable fléau en Egypte.

Obligations islamiques

Le gouvernement vient aussi d’approuver un projet de loi autorisant l’émission d’obligations islamiques ("sukuks"). C’est la première fois de son histoire que l’Egypte propose un tel mécanisme. L’islam interdisant l’usure, un prêt ne peut donner lieu à des intérêts. Mais ces sukuks sont des obligations souveraines compatibles avec la loi coranique puisqu’elles génèrent des profits provenant de biens tangibles, tels les biens immobiliers. Preuve de leur caractère halal, la Banque islamique de développement, une institution établie en Arabie saoudite, vient d’annoncer qu’elle achèterait pour l’équivalent de 5 milliards d’euros de ces sukuks.