Égypte: le président Morsi décrète l'état d'urgence

Six personnes ont été tuées et plus de 460 blessées dimanche dans la ville égyptienne de Port-Saïd. De quoi amener le président à décréter l'état d'urgence. Mohamed Morsi rencontrera également les représentants de l'opposition ce lundi.

AFP
Égypte: le président Morsi décrète l'état d'urgence
©AFP

Le président égyptien Mohamed Morsi a décrété dimanche l'état d'urgence pour 30 jours dans trois provinces du canal de Suez, dont celle de Port-Saïd, où des violences ont fait des dizaines de morts depuis vendredi.

Dans un discours à la nation, au ton ferme, retransmis en direct à la télévision, M. Morsi a en outre appelé les dirigeants de l'opposition à un dialogue national lundi, au moment où le pays traverse une crise politique aggravée par ces violences.

Il a précisé qu'un "communiqué de la présidence de la République" serait publié plus tard dans la soirée concernant cette réunion des "dirigeants des forces politiques" dans le pays.

L'état d'urgence entrera en vigueur à partir de minuit (dimanche à 22H00 GMT) à Port-Saïd, Suez et Ismaïliya, pour une période de 30 jours, a-t-il dit. Cette mesure sera accompagnée d'un couvre-feu nocturne de 30 jours dans ces trois provinces de 21H00 à 06H00 locales (19H00 à 04H00 GMT).

Le président égyptien a aussi menacé de prendre "d'autres mesures exceptionnelles" si les émeutes reprennent.

"Je suis contre les mesures exceptionnelles mais j'avais dit que si j'y étais contraint, je le ferais pour éviter que le sang ne coule et pour protéger les citoyens. Et me voilà les imposant", a poursuivi le président.

"Si je vois que les fils de la nation ou les institutions ou biens publics ou privés sont en danger, je serais contraint de faire encore plus", a-t-il dit en allusion à d'autres mesures exceptionnelles. "Je le ferai pour l'intérêt de l'Egypte. C'est mon devoir et je n'hésiterai pas un instant".

Lundi sous haute tension, Le cabinet approuve un projet de loi autorisant le déploiement de l'armée

Lundi au Caire, un homme a été tué par un tir de chevrotine à la tête aux abords de la place Tahrir, dans des affrontements entre groupes de manifestants et policiers qui se poursuivaient pour la cinquième journée consécutive.

Le gouvernement égyptien a approuvé lundi un projet de loi autorisant le président Mohamed Morsi à déployer l'armée dans les rues pour participer avec la police au maintien de l'ordre, a annoncé l'agence officielle Mena.

Le projet de loi, qui doit encore être ratifié par le Sénat dominé par les islamistes partisans de M. Morsi, s'appliquerait jusqu'à la fin des élections législatives prévues dans les tout prochains mois et "chaque fois que le président de la République le demandera".

Six morts et 460 blessés ce dimanche

Six personnes ont été tuées et plus de 460 blessées dimanche dans la ville égyptienne de Port-Saïd, en proie à une deuxième journée de violences provoquées par la condamnation à mort de 21 supporteurs de football locaux. Face à cette escalade, le président islamiste Mohamed Morsi, qui a été conspué lors de funérailles dans cette ville du nord-est de l'Egypte, doit "s'adresser à la nation" dans la soirée, selon la télévision d'Etat.

Les six personnes, dont un jeune homme de 18 ans atteint à la poitrine par une balle, ont péri en marge des obsèques d'une partie des 31 victimes de samedi, selon des sources médicales. Parmi les 467 blessés, 38 l'ont été par balles. Selon des témoins, des coups de feu d'origine indéterminée ont été entendus pendant que les dépouilles étaient transportées d'une mosquée vers le cimetière, provoquant un mouvement de panique parmi les milliers de personnes présentes puis des scènes d'émeute.

Certains participants ont lancé des slogans hostiles au pouvoir islamiste, scandant "A bas le pouvoir du Guide" des Frères musulmans, dont est issu M. Morsi.

Parmi les 31 morts samedi figurent deux policiers pour qui des funérailles militaires ont été organisées au Caire. Le ministre de l'Intérieur Mohamed Ibrahim a été empêché d'y participer par des policiers en colère, selon l'agence officielle Mena.

Les violences ont éclaté après la condamnation à mort samedi de 21 supporteurs du club de football local Al-Masry, pour leur implication dans des violences ayant fait 74 morts en février 2012, après un match à Port-Saïd contre une équipe du Caire, Al-Ahly.

Des proches des condamnés à mort ont alors essayé de prendre d'assaut la prison où ces derniers sont détenus à Port-Saïd et des habitants ont aussi attaqué deux postes de police.

Selon des médecins, toutes les victimes ont été tuées par balles. L'armée, qui a démenti avoir utilisé de telles munitions, a pris position dès samedi à Port-Saïd, ville portuaire à l'entrée nord du canal de Suez, pour protéger les bâtiments publics et les sites sensibles.

Beaucoup d'Egyptiens estiment que les violences de 2012 à POrt-Saïd ont été orchestrées par la police ou par des partisans du président déchu Hosni Moubarak.

Des habitants de Port-Saïd assurent que les condamnations à mort ont été motivées par le souhait d'éviter des troubles plus graves encore avec les supporteurs très organisés d'Al-Ahly, les "Ultras", qui avaient menacé de semer le "chaos" si le verdict n'était pas assez sévère.

"C'est un verdict politique qui a sacrifié nos enfants pour éviter le chaos. Nos enfants sont des boucs émissaires", a affirmé Achraf Sayyed. Dès vendredi, plusieurs villes, dont Le Caire, ont connu des troubles à l'occasion du 2e anniversaire du début du soulèvement ayant conduit à la chute de Hosni Moubarak.

Les affrontements lors de cette "Journée de la Révolution" entre forces de l'ordre et opposants à M. Morsi ont fait neuf morts et des centaines de blessés à travers le pays, reflétant les profondes divisions politiques dans le pays.

Au Caire, des accrochages sporadiques continuaient d'opposer dimanche de petits groupes de jeunes à des policiers près de la place Tahrir, selon des témoins. Des manifestants, qui ont perturbé brièvement la ligne 1 du métro, bloquaient par ailleurs la circulation sur le pont du Six-Octobre, une artère importante.

Les ambassades des Etats-Unis et de Grande-Bretagne, situées à proximité de Tahrir, ont annoncé la suspension dimanche de leurs services au public.

Des affrontements ont également eu lieu à Suez, à l'entrée sud du canal du même nom, où quatre commissariats ont été attaqués dans la nuit, selon une source de sécurité. Huit des neuf personnes tuées vendredi l'ont été à Suez. L'opposition regroupée au sein du Front du salut national a réclamé une "solution globale" à la crise incluant un "gouvernement de salut national".

Faute de quoi, a-t-elle prévenu, elle boycotterait les législatives prévues en principe en mars ou avril, et réclamerait une présidentielle anticipée.


Un mort dans des affrontements près de la place Tahrir au Caire Une personne a été tuée lundi dans des affrontements entre policiers et manifestants qui se poursuivaient pour la cinquième journée consécutive près de la place Tahrir au Caire, a annoncé un responsable de la police. Un homme a été mortellement atteint à la tête par un tir de chevrotine alors que les manifestants jetaient des pierres sur les policiers, qui répliquaient par des gaz lacrymogènes aux abords de la place et sur un pont y menant. De petits groupes de manifestants s'étaient heurtés toute la nuit aux forces de l'ordre aux abords de la place Tahrir.