La "taxe odieuse" qui a "sauvé l’Italie"

"Cette maison je l’ai reçue en donation de mes parents, qui l’avaient eux-mêmes héritée d’une tante ". Antonio Zago, un jeune avocat de 30 ans, indique une petite maison rouge, construite dans les années soixante, dans un quartier résidentiel de Padoue.

La "taxe odieuse" qui a "sauvé l’Italie"
©Serena
Valérie Dupont, envoyée spéciale à Padoue

"Cette maison je l’ai reçue en donation de mes parents, qui l’avaient eux-mêmes héritée d’une tante..." Antonio Zago, un jeune avocat de 30 ans, indique une petite maison rouge, construite dans les années soixante, dans un quartier résidentiel de Padoue. "Depuis l’introduction de l’impôt municipal unique, je paie 2 200 euros par an de cadastre car je n’habite pas la maison, je la loue. Je vis encore chez mes parents. Mais le bail de location date de 1994, et le locataire ne paie que 300 euros par mois Faites les comptes " C’est vite fait : si on ajoute la taxe d’enregistrement du bail et les impôts sur le revenu de ce loyer, cette maison lui coûte plus qu’elle ne lui rapporte. "Vous comprenez pourquoi je ne suis pas d’accord avec cet impôt, car mon salaire ne dépasse pas les 1 500 euros par mois, je suis avocat depuis deux ans. C’est vrai que dans le reste de l’Europe les taxes cadastrales existent, mais les salaires sont aussi plus élevés", conclut le jeune homme.

L’IMU, l’impôt municipal unique, taxe odieuse aux yeux des Italiens, fut introduit en urgence en décembre 2011 par le gouvernement de Mario Monti. Ce dernier a simplement accéléré l’entrée en vigueur d’une taxe inventée par le gouvernement précédent. Une accélération décidée pour engranger plus rapidement de l’argent et consolider les comptes de l’Etat italien, gravement déficitaires. "La vérité est que le gouvernement de Mario Monti a décidé de taxer toutes les habitations, même ce que nous appelons ‘la première maison’, la résidence principale des familles, celle pour laquelle on travaille dur toute une vie pour pouvoir la payer, explique Silvio Barbiero, président de l’Union des petits propriétaires. Et en plus, d’un coup, le gouvernement a réévalué le revenu cadastral de soixante pour cent, car cela n’avait plus été fait depuis vingt ans, et cela a provoqué un désastre."

Un désastre surtout pour les petits pensionnés, principalement dans les grandes villes. Leur maison ou leur appartement, à Rome ou à Milan par exemple, ont vu leur valeur fiscale augmenter d’un seul coup. "J’ai vraiment beaucoup de membres qui ne savent pas comment faire pour payer cette taxe, ils touchent la retraite minimale de 595 euros et doivent payer 600 euros de taxe foncière, certains n’y arrivent pas", se lamente le représentant des petits propriétaires.

Une brique dans le ventre

En 2012, l’IMU a fait rentrer 24 milliards d’euros dans les caisses de l’Etat. Une somme énorme et inattendue. Car si le domicile principal des familles est taxé modérément, ceux qui ont investi dans l’immobilier s’en mordent aujourd’hui les doigts. "En Italie, quatre-vingts pour cent des familles sont propriétaires de leur maison, c’est culturel, nous sommes un peuple d’immigration et la maison représente des racines que chaque famille voulait laisser aux générations suivantes. Dès lors, nombreux sont ceux qui ont hérité d’une, voire plusieurs maisons , explique Maria Grazia Turolla, de l’agence immobilière Metroquadro à Padoue. De plus, pour compenser le manque de pension et d’assurance complémentaire, beaucoup d’Italiens ont préféré investir dans des appartements en espérant que ces revenus serviraient de complément au moment de la retraite, et puis d’un coup, l’Etat a surtaxé ces investissements. A l’idée de payer deux, trois mille euros de taxes cadastrales, cela a tout simplement ruiné le marché immobilier qui était déjà en crise."

Résultat, à Padoue, les ventes de biens immobiliers stagnent. L’offre n’en finit pas d’augmenter, et les ventes ont reculé de cinquante pour cent, provoquant un écroulement des prix. La situation est identique dans toutes les grandes villes d’Italie. L’IMU est devenu le symbole d’un Etat qui taxe sans limite et qui va puiser sans vergogne dans la poche de ceux qui ont travaillé toute une vie pour s’acheter une maison.

Chant des sirènes

"Lors du premier conseil des ministres, nous voterons le décret qui permettra de supprimer cette taxe indécente, l’IMU sur l’habitation principale ! Et de plus, nous rembourserons la taxe foncière payée en 2012 !" Cette promesse fait par Silvio Berlusconi le 3 février dernier n’a pas obtenu le résultat escompté. Seuls quatre pour cent des indécis, selon les derniers sondages, auraient décidé de voter pour le parti de centre-droit après cette folle promesse. Mais le parti démocrate, favori de ces élections, promet lui aussi d’abaisser l’IMU, et même Mario Monti annonce une retouche pour rendre la taxe plus progressive en fonction des revenus des propriétaires.

Mais après avoir été présentée comme la taxe qui a sauvé l’Italie, les électeurs semblent peu enclins à se laisser envoûter par le chant des sirènes de la campagne électorale, qui promet monts et merveilles pour abaisser l’IMU. En clair, personne n’y croit.


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