Beppe Grillo, le Coluche italien

"Le Peuple de la liberté dit qu'il ne présentera aucun candidat qui fasse l'objet d'une enquête pénale. Mais alors, il ne leur restera plus personne." Ça, c'est Beppe Grillo. Le comique italien rassemble les mécontents de la Botte.

Beppe Grillo, le Coluche italien
©Alexis Haulot
Valérie Dupont

Italie Reportage Envoyée spéciale à Gênes

Finalement le changement ! Nous voulons retrouver l’honnêteté et le sérieux. En ce qui concerne les réponses aux problèmes, on verra plus tard, mais d’abord il faut changer les dirigeants de cet Etat corrompu." En prononçant ces paroles, Roberto, un quinquagénaire convaincu, regarde son fils, bientôt trente ans et toujours sans emploi. "C’est surtout pour lui que je pense qu’il faut tout changer."

Les deux hommes se trouvent au premier rang, le long des barrières qui délimitent ce qui sera la scène de Beppe Grillo dans moins d’une heure. Nous sommes à Gênes, la ville natale du comique italien, une des étapes de son "Tsunami Tour" qui, depuis la mi-janvier, inonde l’Italie. Dans chaque ville où il passe, les places sont pleines, remplies des déçus de la politique.

En attendant l’arrivée du comique aux boucles grises, qui se déplace en camping-car, les candidats du Mouvement Cinq Etoiles, M5S, distribuent des tracts avec le programme. "Des propositions pour sortir des ténèbres", comme le qualifie Beppe Grillo sur son blog. En résumé, un programme qui veut éliminer les privilèges de la caste politique et augmenter la participation du citoyen.

"Tenez, le programme du mouvement. Je suis élu au conseil communal, et je peux vous dire que j’ai déjà renoncé à la moitié de mes jetons de présence et que nous ferons la même chose si nous sommes élus à Rome", explique Mauro Muscara aux passants en leur tendant un papier jaune et noir. Car, depuis les dernières élections communales, l’antipolitique fait partie du système. "Je vous explique notre façon de faire : c’est comme si vous vouliez démolir un palais mais, plutôt que de le raser, nous le démolissons et le reconstruisons de l’intérieur", détaille Mauro Muscara.

L’antipolitique c’est de la politique

"L’Italie a connu plusieurs épisodes dans son histoire, où des votes de protestation ont remporté un grand succès. Ce n’est pas facile de mesurer, en termes de crédibilité, les attentes des électeurs du mouvement de Beppe Grillo", commente le politologue de l’université de Padoue, Marco Almagisti. "Certaines des propositions du M5S ne sont pas conciliables entre elles, mais il y a surtout, de la part de l’électeur, le besoin d’envoyer un message très fort à la politique traditionnelle, un message de méfiance. Je vote Grillo car je n’ai plus envie du reste."

Certes, si Beppe Grillo devient la troisième force politique du pays après les élections, la présence de ses nombreux "Grillini" au Parlement rendra la gestion de l’Italie beaucoup plus complexe. "Il va pêcher dans le bassin des dégoûtés et, honnêtement, les Italiens ont toutes les raisons d’être en rupture avec la politique, notamment en raison de la mauvaise gestion de l’économie", conclut le politologue.

Les sirènes du populisme

Vingt et une heures, la grande place de Ferrari est noire de monde. "Mais où suis-je ? Je ne reconnais pas les lieux !" plaisante Beppe Grillo en montant sur la scène. Cet enfant de la ville de Christophe Colomb a connu ses moments de gloire dans les années 80, dans des émissions de télévision très suivies du grand public. Mis au ban des médias, il a envahi les théâtres et ensuite les places en hurlant contre les maladies de l’Italie : la corruption, la présence de condamnés et d’inculpés au Parlement, les faillites frauduleuses, etc. "Nous voulons un salaire minimum pour tous, 1 000 euros par mois pour ceux qui sont sans travail, et cela pendant trois ans. Mais une chose est certaine : nous renverrons tous les politiciens chez eux ! Tutti a casa !" , hurle-t-il dans son micro soutenu par les applaudissements. Une heure et demie de "one man show".

Il s’adresse aux jeunes sans emploi, aux petites entreprises écrasées par les taxes, mais ce sont surtout les politiciens et les corrompus qui en prennent pour leur grade. "Ils ont peur de nous, car nos candidats sont des gens honnêtes. Et les partis politiques sont des sociétés criminelles" , explique-t-il en sortant de scène. "Nous voulons que les citoyens reprennent en main l’Etat, l’école, la santé publique, les chemins de fer, tout, car les partis politiques ont tout détruit."

Et quand on lui demande comment il fera pour agir au Parlement à Rome, il répond : "Nous serons l’aiguille de la balance et nous bloquerons la situation quand ce sera nécessaire. Nous le faisons déjà en Sicile. Nous sommes le seul mouvement politique qui a refusé les remboursements électoraux prévus par la loi Tout doit retourner aux citoyens, nous avons refusé cent millions d’euros." Des réponses qu’il accepte de nous donner car nous sommes des journalistes étrangers. La presse italienne, elle, est bloquée derrière les barrières. "Cela, je l’accepte difficilement", commente une dame. "La démocratie, c’est aussi accepter de répondre aux questions déplaisantes."

Suite, demain, de notre série sur les élections en Italie avec un éclairage sur la santé économique des PME.

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