Italie: la colère noire des petites entreprises

Chaque minute ou presque, une entreprise est forcée de fermer ses portes !" Ce titre choc publié en janvier dernier sur la première page du quotidien de gauche "Il manifesto", a fait couler beaucoup d’encre.

Italie: la colère noire des petites entreprises
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Reportage: Valérie Dupont, correspondante en Italie

"Chaque minute ou presque, une entreprise est forcée de fermer ses portes !" Ce titre choc publié en janvier dernier sur la première page du quotidien de gauche "Il manifesto", a fait couler beaucoup d’encre.

L’an dernier, 364972 entreprises italiennes ont en effet mis la clé sous le paillasson, une sur trois employait moins de dix ouvriers. La crise a surtout touché les régions du Nord-Est, berceau historique de l’économie florissante en Italie, territoire des petites manufactures et des artisans.

"Ces dernières années, les entreprises ont tenté de faire des miracles pour résister", explique Ferruccio Dardanello, président de l’Unioncamere (Union des chambres de commerce). "Beaucoup d’entreprises, en l’absence de véritables politiques de soutien, ont quand même réussi à renforcer leur position, mais le plus grand nombre n’a pas résisté et nous avons perdu des milliers d’emplois, sans parler de la perte de nos traditions et de notre savoir-faire." Les PME suffoquent sous les taxes et le poids de l’administration.

En Lombardie, chaque petite ville peut se vanter d’avoir sa zone industrielle. A Cinisello Balsamo, il suffit de traverser une de ces zones pour comprendre l’ampleur du désastre. Des dizaines de hangars sont à louer. "J’ai envie de tout laisser tomber quand je me rends compte que 70 à 80 % de mon temps passent dans la gestion de la bureaucratie", soupire Eros Costato, propriétaire d’une fabrique de vis. Il nous montre les dizaines de classeurs qui s’amoncellent sur des étagères. "Ces dernières années, notre production a diminué. Nous sommes passés de 24 millions de pièces, facturées en 2007, à seulement 6 millions l’an dernier. Et chaque fois qu’un camion quitte l’usine ce sont des dizaines et des dizaines de documents à remplir Cela ne peut pas continuer ainsi !" Sa sœur, Laura, qui a repris avec lui l’entreprise paternelle, dépose un tas de vieux papiers sur la table. "Regardez, ces brevets, mon père les a déposés il y a soixante ans quand il a commencé à travailler, mais aujourd’hui, en Italie, c’est impossible de breveter nos produits, c’est bien trop difficile."

Désemparés, le frère et la sœur, à la tête d’une entreprise qui a dû réduire drastiquement son nombre d’ouvriers, tentent de lutter contre la concurrence, principalement allemande dans ce secteur, et pensent sérieusement à délocaliser leur entreprise, étonnamment vers la Suisse. "Je préfère payer les quelques ouvriers qui me restent un peu plus cher, mais ne plus avoir toute cette lourdeur. En Suisse, ils me promettent un terrain et un prêt pour relancer mon affaire. Ici, les banques ne prêtent plus un euro aux entreprises", conclut Laura Costato.

Des zones d’exception

Autre situation aux alentours de Bologne. Ici, la crise semble épargner les entreprises de l’Emilie-Romagne. La force de la région repose sur un tissu industriel très serré, formé de petites réalités productives solidaires. "Lorsque la crise nous est tombée dessus, nous nous sommes serré les coudes, nous nous faisons confiance, nous partageons un tissu de relations informelles. L’économie est portée par la région", explique Daniele Vacchi, directeur de la communication d’une entreprise d’emballage.

Non loin de là, malgré le tremblement de terre qui a rasé au sol des dizaines de hangars, la zone industrielle de Mirandola ressemble à une ruche. Les ouvriers se se sont retroussé les manches et le travail a redémarré. Mais les petits patrons en veulent beaucoup à Mario Monti, le Premier ministre sortant. "Il ne nous a pas fait de cadeau. Nous avons dû payer les taxes, alors que nous sommes victimes du tremblement de terre, et nous n’avons pratiquement rien reçu pour la reconstruction."

Traditionnellement à gauche, l’Emilie-Romagne ne trahira pas le Parti démocrate, donné grand gagnant dans les sondages. La bataille est plus serrée en Lombardie et Vénétie, deux régions qui vivent au rythme des PME. Elles joueront un rôle fondamental dans le scrutin des 24 et 25 février prochains. Electeurs traditionnels de la droite, le parti de Silvio Berlusconi ou la Ligue du Nord, les artisans et les petits industriels de ces régions en crise ont changé d’opinion. "Il y a cinq ans, 80 % de nos membres votaient pour le centre droit", explique le porte-parole de la confédération des artisans de Vénétie. "Aujourd’hui, ils se sentent mieux représentés par Mario Monti, mais ce dernier les a massacrés de taxes, alors beaucoup n’en veulent plus. La plus grande surprise est l’intérêt qu’ils portent à Beppe Grillo. Vingt-cinq pour cent des petits patrons sont prêts à voter pour lui !" La colère noire qui gronde dans les petites entreprises risque de créer la surprise le jour du vote.

Suite de notre série en vue des élections italiennes, demain, avec un éclairage sur le vote des catholiques.


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