Italie: Les conseils subtils de l’Eglise catholique

Si les évêques ne disent plus pour qui les catholiques doivent voter en Italie, ils se permettent d’indiquer quel programme doit être exclu des intentions de vote.

Italie: Les conseils subtils de l’Eglise catholique
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Valérie Dupont

"Ce n’est pas de l’ingérence, mais de la cohérence face aux urnes" , explique l’évêque de Macerata, Claudio Giuliodori, président de la commission pour la culture et la communication de l’Eglise italienne. Si les évêques ne disent plus pour qui les catholiques doivent voter, ils se permettent d’indiquer quel programme doit être exclu des intentions de vote. "Le vote catholique doit privilégier celui qui défend la famille, le mariage entre un homme et une femme, le caractère sacré de la vie, de la procréation jusqu’à la mort" , énumère l’évêque.

L’époque de la Démocratie chrétienne est révolue, ce parti qui a dominé le paysage politique italien pendant près de quarante ans, a disparu en 1994. "Les électeurs proches de l’Eglise catholique se divisent entre les différentes factions politiques. Ils se répartissent entre la droite et la gauche, même si généralement il y a une légère prépondérance pour le centre-droit", explique Paolo Segatti, professeur de sciences politiques à l’université de Milan. Un changement qui a poussé l’Eglise italienne à exercer un rôle de lobby, en se rapprochant des partis qui défendent ses objectifs.

"Les Italiens ne se feront plus embobiner par de vaines promesses. Les électeurs ont besoin de la vérité, sans tragédie mais aussi sans illusion", a déclaré Angelo Bagnasco, président de la conférence épiscopale italienne, en réponse aux promesses faites par Silvio Berlusconi, notamment celle de supprimer plusieurs taxes. "Les prochains gouvernement et Parlement devront affronter les trois thèmes cruciaux pour l’Italie : le travail, la famille et les réformes de l’Etat", a poursuivi le cardinal Bagnasco, sans jamais citer Silvio Berlusconi.

Depuis l’entrée en scène de Mario Monti, l’Eglise a pris ses distances par rapport au Peuple de la liberté, la droite du Cavaliere. Le quotidien du Vatican, "L’Osservatore Romano", et celui des évêques italiens, "L’Avvenire", n’ont pas caché leur soutien au Professeur, tout en étant très critiques envers Silvio Berlusconi. "La préférence envers Monti s’est atténuée ces derniers jours. Une partie de la hiérarchie religieuse a critiqué la Conférence épiscopale pour l’expression trop explicite de cette préférence. Il faut aussi dire que le Vatican s’est montré plus prudent. Ce dernier doit garder de bons rapports avec tout le monde", considère Paolo Segatti.

Le mariage homosexuel

Sans être véritablement au centre des débats électoraux, la question du mariage homosexuel est présente dans la campagne. "Pourquoi bouleverser la réalité, en redéfinissant la famille, le mariage, l’homme ?", s’est demandé le cardinal Bagnasco lors d’une conférence de presse. "L’Italie rendrait un grand service à la communauté internationale en refusant de s’aligner." Une autre manière de dire que les partis, notamment celui de Nicky Vendola, allié au Parti démocrate, qui penchent en faveur du mariage homosexuel, sont à exclure des intentions de vote. "Il sera extrêmement difficile en Italie de mener un combat comme celui qui vient d’être mené en France", confirme Francesco Bilotta, avocat défenseur des droits des homosexuels. "Il est évident que le monde catholique est encore très fort. Dans les petits villages, les petites communautés, ce que disent le prêtre ou les organisations catholiques a encore du poids auprès d’une certaine population."

La démission de Benoît XVI

Si le vote des catholiques s’est dispersé entre les différents partis ces dernières décennies, chaque camp tente de présenter des candidats qui ne les font pas fuir. "Avec le système électoral italien, il suffit d’un écart de 2 % pour gagner les élections et tout le monde fait très attention à ne pas heurter la sensibilité du Vatican", explique l’avocat.

Le Vatican qui, sans le vouloir, est entré brusquement dans la course électorale. "La campagne a pris fin ce matin à 11 heures 46 !", a lancé Luigi Crespi, un blogueur qui analyse la vie politique italienne. C’était le jour de l’annonce choc de la future démission de Benoît XVI, une nouvelle si incroyable que les élections n’intéressaient plus personne. Dix jours après, la campagne électorale a repris le dessus et les politologues tentent de comprendre comment cette période d’instabilité dans l’Eglise peut aussi influencer le vote en Italie.

Silvio Berlusconi serait inquiet des répercussions que pourrait avoir cette démission sur le vote des Italiens. "Monti incarne les valeurs de la rigueur éthique. Benoît XVI l’a rencontré sept fois, c’est exceptionnel. Dans les sondages, le pourcentage de ceux qui se définissent catholiques est plus élevé dans la liste du Professeur", conclut le politologue. "Il n’y a pas d’influence directe sur le vote mais la décision du pape pourrait faire réfléchir aux valeurs de notre société et notamment à la conception de l’engagement qui ne doit pas être nécessairement tourné vers l’utilisation et le pouvoir."

Dimanche, premier jour du scrutin, sera aussi le jour du dernier Angelus de Benoît XVI sur la place Saint-Pierre Une simple coïncidence.

Suite de notre série en vue des élections italiennes, demain, avec un éclairage sur l’état des services publics.


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