L’histoire d’une "cochonnerie"

Le "porcellum". Traduisez : la cochonnerie. C’est le nom donné à la loi électorale votée en 2005, qui organise les élections générales en Italie, et donc celles de ces dimanche et lundi.

L’histoire d’une "cochonnerie"
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Valérie Dupont

Le "porcellum". Traduisez : la cochonnerie. C’est le nom donné à la loi électorale votée en 2005, qui organise les élections générales en Italie, et donc celles de ces dimanche et lundi.

"C’est le ministre Roberto Calderoli, lui-même, qui l’a baptisée ainsi, il était conscient d’avoir créé un système monstrueux, qui ne garantissait absolument pas la gouvernabilité de l’Italie", explique le politologue Marco Almagisti. A l’époque, Silvio Berlusconi, président du Conseil des ministres, voyait d’un mauvais œil les sondages donnant la gauche de Romano Prodi grande gagnante des élections de 2006. La loi fut donc écrite en vitesse et votée par les seules formations de droite, alors majoritaires.

"Le système repose sur des listes bloquées, l’électeur ne choisit pas un candidat en particulier en lui donnant un vote de préférence, il vote pour une liste sur laquelle les candidats ont été choisis par les partis, les coalitions devant également proposer un candidat président du Conseil." Voilà qui explique comment Silvio Berlusconi a réussi à faire élire quelques présentatrices de télévision ou encore ses propres avocats Les électeurs n’en savaient rien !

La coalition, qui arrive en tête à la Chambre, emporte une prime de majorité de trois cent quarante députés. "Le problème existe surtout au Sénat. Car la prime de majorité est régionale. Pour obtenir une large majorité au Sénat, les partis doivent gagner dans les régions à forte population, la Lombardie, la Sicile ou encore la Vénétie", complète le politologue de l’université de Padoue. L’objectif du gouvernement de Silvio Berlusconi était de limiter les possibilités de victoire de la gauche.

La loi votée en 2005 avantage désormais les coalitions guidées par un meneur charismatique et ayant une forte présence dans les médias, principalement à la télévision. Et si, en 2006, l’Ulivo de Romano Prodi l’a emporté, ce fut dans un mouchoir de poche, une majorité si étroite qu’elle le poussera vers la sortie dix-huit mois plus tard.

Risque d’instabilité

"Une fois de plus, nous allons voter avec cette ignoble loi électorale", s’insurge Paolo Segatti, professeur à l’Université de Milan. "Elle retire la possibilité de choisir son propre candidat. Il faudrait vraiment prendre en compte le jugement de la Cour constitutionnelle et changer ce texte. Les électeurs doivent suivre la dictature des partis, c’est inadmissible." Le président de la République a pourtant plusieurs fois pressé le parlement de s’atteler à un changement de cette loi. L’arrivée de Mario Monti au gouvernement, chargé de renouer avec une certaine stabilité économique, aurait pu inciter les élus du peuple à se pencher sur une tâche plus noble, celle de changer un système critiqué de toutes parts. Treize mois plus tard, la démission de Mario Monti renvoyait le changement aux calendes grecques.

Pour la troisième fois donc (2006, 2008 et 2013), les Italiens iront donc aux urnes avec le "porcellum". "La loi avait été présentée comme provisoire, mais nous sommes spécialistes dans ce pays pour transformer le provisoire en permanent", sourit Marco Almagisti. "Il faut croire que la gauche italienne avait quelque intérêt à ne pas pousser à un changement radical de la loi. Mais, surtout, Silvio Berlusconi a menacé de retirer son soutien à Monti si la loi était modifiée."

Résultat, si la gauche ne réussit pas à emporter la majorité en Lombardie, le Parti démocrate sera forcé de signer une alliance avec un autre parti, vraisemblablement celui de Mario Monti, une alliance que beaucoup à gauche regardent d’un mauvais œil. Et dans l’hypothèse où Mario Monti n’obtient pas le résultat prévu, soit quinze ou vingt sénateurs, ce sera la porte ouverte à l’instabilité politique. Le père du "porcellum" en rit déjà


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