A Rome, l’électeur veut que le "système" change

La journée électorale commence par cette prise de température au sein de l’armée des huit mille chauffeurs de taxi de Rome. "Je vote Grillo, car je pense que c’est le seul qui peut changer les choses. Et je suis même prêt à mourir pour changer l’Italie, il faut que ça bouge"...

A Rome, l’électeur veut que le "système" change
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Valérie Dupont, Correspondante à Rome

La journée électorale commence par cette prise de température au sein de l’armée des huit mille chauffeurs de taxi de Rome. "J e vote Grillo, car je pense que c’est le seul qui peut changer les choses. Et je suis même prêt à mourir pour changer l’Italie, il faut que ça bouge" , dit-il avec énergie, son accent romain atténuant l’effet dramatique de ses paroles. "J e suis diplômé en informatique, et je dois conduire un taxi, parce que dans mon domaine, les entreprises me proposaient un stage payé cinq cents euros par mois, pendant trois ans, et puis peut-être un contrat. On se moque de nous. Et en attendant, ces messieurs de la politique ont un yacht, dix maisons et une voiture avec chauffeur. Seul Beppe Grillo peut faire la révolution dans les palais de la politique. Uniquement lui", conclut-il.

Son collègue approuve, l’écharpe orange de l’équipe de foot de l’AS Roma autour du cou, il intervient : "Nous devons sortir de l’euro, retrouver notre indépendance monétaire, et surtout aller chercher l’argent chez tous ces politiciens. Nous ne pouvons pas accepter que certains retraités touchent seulement cinq cents euros par mois, et que ces politiciens, après deux années seulement au Parlement, ont droit à une pension à vie."

Autre lieu, autre ton. Dans le magnifique cadre du lycée Visconti, dans le centre historique de Rome, à deux pas du Panthéon, la file se forme devant les sièges électoraux. Une dizaine de religieuses sont les toutes premières à se dissimuler derrière les tentures de l’isoloir, à huit heures précises. "Nous sommes venues tôt, car c’est un devoir important, mais nous ne voulons pas manquer le dernier Angélus du Saint-Père", susurre l’une d’entre elles. Rapidement, la file s’allonge, l’occasion de demander quelles sont les motivations qui influencent le vote. "J’ai surtout pris en compte la situation économique du pays, une situation qui est évidemment liée à une mauvaise politique menée ces dernières décennies", révèle une dame affichant un demi-sourire.

"Moi, j’ai glissé mon bulletin de vote dans l’urne en espérant vraiment changer les choses. Je pense que c’est tout le système politique et économique qui doit changer. Complètement. Il faut aussi que le rapport entre l’Europe et les Etats change. L’Europe ne peut pas être cette espèce d’ombre qui impose ses règles et fait peur aux pays qui ne les respectent pas", explique un électeur d’une quarantaine d’années. Nombreux sont ceux qui regardent les grands panneaux où sont imprimés les sigles des partis, on estime qu’un Italien sur dix ne sait pas encore pour qui voter en arrivant au siège électoral.

"Moi, j’ai voté pour le Parti Démocrate", dit clairement un jeune homme de vingt-sept ans, "et j’ai voté en pensant à la société italienne que j’aimerais créer, finalement, après dix-neuf ans de tunnel, nous voyant la lumière. C’est à nous de jouer". Vers treize heures, les premiers chiffres sur l’affluence tombent : 14,9 %, un peu moins qu’en 2008 à la même heure. "C’est à cause de la neige, vous avez vu les images à Bologne, quarante centimètres de neige", explique une dame à sa voisine dans la file. "Je pense que les Italiens ne déserteront pas les urnes, car tout le monde pense que ces élections sont particulières", dit une dame, d’un certain âge. "Moi, j’ai voté en pensant à un futur européen libre", conclut-elle, sibylline. Un prêtre vêtu de sa longue cape noire sort du bureau de vote. "J’ai surtout pensé au renforcement de la sécurité économique de notre société avant de voter", dit-il posément, "je pense que le temps des réformes doit se poursuivre".

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