"Belle et Bête" risque peu d’être saisi

Dominique Strauss-Kahn à nouveau devant un tribunal français, par l’intermédiaire de ses avocats, ce mardi. Mais, cette fois, de son propre gré. "Belle et Bête", saisi ? Pareille sanction est rarissime.

"Belle et Bête" risque peu d’être saisi
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Bernard Delattre, correspondant permanent à Paris

Dominique Strauss-Kahn à nouveau devant un tribunal français, par l’intermédiaire de ses avocats, ce mardi. Mais, cette fois, de son propre gré; contrairement à la plainte pour tentative de viol qu’avait déposée contre lui l’essayiste Tristane Banon (finalement classée sans suite), puis à sa mise en examen dans l’"affaire du Carlton", depuis un an (pour proxénétisme aggravé en bande organisée).

C’est à la demande expresse de l’ex-n°1 du FMI que le tribunal de grande instance de Paris examine en référé, ce matin, la énième plainte en date relative à un dossier de mœurs concernant l’intéressé. Qui, après quatre jours de réflexions avec ses avocats, a décidé, lundi, de poursuivre en justice une de ses ex-maîtresses, l’essayiste Marcela Iacub. Dans un livre à paraître ce mercredi, intitulé "Belle et Bête", elle décrit en des termes cinglants leur liaison, en 2012. Et le compare à un être "mi-homme, mi-cochon" , qui plus est "caniche" d’une richissime et médiatique héritière.

Un encart dans chaque livre ?

Dominique Strauss-Kahn a saisi la justice pour "atteinte à l’intimité de la vie privée". Un an de prison et 15 000 euros d’amende punissent le fait de "troubler la tranquillité" d’autrui, ou de "porter atteinte à son honneur ou à sa considération" . L’Article 9 du Code civil, qui est ici invoqué, permet aux juges de faire cesser toute atteinte au droit de chacun au respect de sa vie privée : au besoin dans l’urgence, et via des mesures telles que la saisie.

Mais celle-ci n’est sollicitée qu’à titre subsidiaire par la défense de DSK, à propos de "Belle et Bête". A titre principal, elle réclame l’insertion d’un encart dans chacun des exemplaires. Ainsi qu’une double condamnation du magazine "Le Nouvel Observateur", qui a fait ses choux gras de cet ouvrage : condamnation à publier le jugement sur la totalité de sa couverture, et à payer 100 000 euros de dommages et intérêts. Le même montant est réclamé à Marcela Iacub et à son éditeur. Lundi, Anne Sinclair, elle aussi épinglée dans "Belle et Bête", n’a pas fait savoir si elle s’associait, ou non, à la plainte déposée par son "ex".

Deux saisies mémorables

Si la saisie n’est réclamée qu’à titre subsidiaire, c’est parce qu’une telle sanction judiciaire n’est que très rarement infligée. L’histoire récente retient surtout deux précédents.

Le premier, en 1958, frappa "La question" : l’autobiographie dans laquelle le journaliste communiste franco-algérien Henri Alleg dénonçait le recours à la torture, pendant la guerre d’Algérie. Le second cas, en 1996, concerna "Le grand secret" : le livre qui révéla le cancer caché du président Mitterrand, écrit par le Dr Gubler, son médecin personnel. L’ouvrage fut interdit de vente pour "intrusion particulièrement grave dans l’intimité de la vie privée et familiale" , puis son auteur condamné et interdit d’exercer, pour violation du secret médical.

Nombre de stars déboutées

Beaucoup plus nombreux ont été, ces dernières années, les échecs, en justice, de requêtes visant à interdire la parution d’ouvrages poursuivis pour atteinte à la vie privée. Ce fut le cas par exemple d’une autobiographie de feu l’animateur de télé Jean-Luc Delarue, d’un roman sur la mort du banquier Edouard Stern, d’un portrait non autorisé du footballeur Franck Ribéry, ou d’une enquête sur la fortune des Mulliez : la famille propriétaire du groupe Auchan.

Dans un registre plus politique, en 2008, Cécilia ex-Sarkozy échoua tout autant à stopper la diffusion d’un essai qui, selon elle, portait atteinte à l’intimité de sa vie privée; il lui prêtait notamment des propos peu aimables sur Nicolas Sarkozy, sa personnalité, son entourage et ses ministres.

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