Italie: marchés et diplomaties redoutent l'impasse

D. Reynders craint des difficultés pour les efforts d'assainissement italien, alors que le pays, dit ingouvernable, voit la gauche et la droite se partager la Chambre pour l'un et le Sénat pour l'autre. De Paris à Tokyo, les Bourses mondiales tanguent.

Italie: marchés et diplomaties redoutent l'impasse
©Christophe Bortels
Belga

Le ministre des Affaires Etrangères Didier Reynders n'est pas rassuré par la complexe redistribution des cartes de l'échiquier politique intervenue en Italie et la menace d'une impasse politique dans la péninsule.

En marge d'une visite de travail au Moyen-Orient, le Vice-premier ministre a souligné l'ampleur des efforts d'assainissement budgétaires que risque de connaître ce pays en cas de crise politique de longue durée. Les élections en Italie ont dessiné un paysage politique très partagé. Le centre gauche a obtenu une courte victoire à la Chambre, tandis que la majorité de centre droit de l'ex-Premier ministre Silvio Berlusconi a finalement obtenu le plus grand nombre de sièges au Sénat.

"C'est une situation très compliquée. Nous devons attendre de voir si des négociations sont possibles entre les différents partenaires, mais je redoute que cela ne débouche sur une impasse durant une certaine période", a commenté le ministre belge des Affaires Etrangères, en marge de la visite de travail qu'il effectue à Bagdad, en Irak.

Didier Reynders ne décèle pas un danger pour l'euro dans l'immédiat. "Mais pour l'Italie, si un temps d'arrêt devait survenir dans l'évolution positive du pays engagée par Mario Monti, cela pourrait s'avérer très dangereux pour les marchés financiers", a-t-il ajouté.

Problème supplémentaire: le gouvernement italien en affaires courantes ne dispose pas de la majorité, comme ce fut le cas en Belgique, a souligné. Le Vice-premier ministre estime toutefois qu'il est prématuré d'évoquer de nouvelles élections.

De Paris à Tokyo, les Bourses mondiales sont inquiètes

L'euro tentait de se reprendre face au dollar mardi, après avoir lourdement chuté du fait d'un regain d'inquiétude sur la situation en Italie au lendemain d'élections générales ayant abouti à un parlement divisé et laissant entrevoir une impasse politique.

Vers 10H30 GMT (11H30 à Paris), l'euro valait 1,3092 dollar contre 1,3065 dollar lundi vers 22H00 GMT. La monnaie unique européenne est tombée mardi vers 07H40 GMT à 1,3018 dollar, son niveau le plus faible depuis sept semaines.

L'euro gagnait un peu de terrain face à la devise nippone, à 120,63 yens contre 120,12 yens lundi soir.

Le dollar progressait face à la monnaie japonaise, à 92,13 yens contre 91,92 yens lundi. Le billet vert avait atteint lundi en début d'échanges asiatiques 94,77 yens, son plus haut niveau depuis mai 2010.

"Malheureusement, le meilleur scénario ne s'est pas matérialisé", commentait Anita Paluch, analyste chez Gekko Markets. "Les opérateurs craignaient une victoire de (l'ancien président du Conseil) Silvio Berlusconi, mais le résultat des élections est bien plus compliqué (...) et montre la popularité du mécontentement envers les mesures d'austérité", relevait Mme Paluch.

La coalition de la gauche menée par Pier Luigi Bersani a remporté le plus de voix dans les deux chambres du Parlement mais elle n'obtient une majorité de sièges qu'à la Chambre des députés.

Au Sénat, en effet, en vertu de règles électorales différentes, c'est la droite, emmenée par M. Berlusconi, qui empocherait le plus de sièges. Mais surtout, aucune majorité claire ne se dégage, même en cas d'une hypothétique alliance entre la gauche et le centre du chef du gouvernement sortant Mario Monti.

Seul véritable vainqueur du scrutin, Beppe Grillo et son Mouvement 5 Etoiles (M5S) a su séduire en surfant sur le rejet de la classe politique, la colère contre l'austérité et la défiance à l'égard de l'Europe.

L'euro avait passé la majeure partie des échanges asiatiques et européens lundi en nette hausse, porté par l'espoir de voir la coalition de M. Bersani remporter les élections, mais ce rebond a été brutalement interrompu à l'annonce des premières estimations pour le Sénat.

Preuve de la défiance des investisseurs mardi, le Trésor italien a emprunté 8,75 milliards d'euros sur 6 mois à des taux en nette hausse par rapport à la précédente opération équivalente en janvier.

De son côté, le yen repartait à la baisse, toujours dans l'attente de la désignation par le gouvernement de l'actuel président de la Banque asiatique de Développement, Haruhiko Kuroda, pour diriger la Banque du Japon (BoJ).

Le gouvernement de droite du Premier ministre Shinzo Abe devrait annoncer cette décision cette semaine, avaient indiqué lundi les grands quotidiens du pays. La nomination de M. Kuroda, réputé favorable à la politique monétaire ultra-accommodante, devra ensuite être validée au Parlement.

Vers 10H30 GMT, la livre britannique se stabilisait face à la monnaie unique européenne, à 86,24 pence pour un euro, et montait un peu face au billet vert, à 1,5180 dollar.

Lundi, la livre sterling était tombée à des plus bas depuis depuis juillet 2010 face au dollar (1,5073 dollar pour une livre) et depuis octobre 2011 face à l'euro (88,15 pence pour un euro) après l'abaissement de la note de la dette du Royaume-Uni par l'agence de notation financière Moody's.

La devise helvétique était stable face à l'euro, à 1,2179 franc suisse pour un euro, et progressait face au dollar, à 0,9303 franc suisse pour un dollar. L'once d'or valait 1.597,95 dollars contre 1.586,25 dollars lundi soir.

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