Les résultats des élections plongent l’Italie dans le brouillard

Celui qui ne réussit pas à garantir la ‘gouvernabilité’ de son pays, ne peut pas affirmer avoir gagné les élections. Nous n’avons pas gagné même si nous sommes arrivés premiers." Avec cette phrase, le chef de la gauche italienne, Pier Luigi Bersani, dessine parfaitement les contours de la situation délicate dans laquelle se trouve l’Italie.

Valérie Dupont

Eclairage Correspondante à Rome

Celui qui ne réussit pas à garantir la ‘gouvernabilité’ de son pays, ne peut pas affirmer avoir gagné les élections. Nous n’avons pas gagné même si nous sommes arrivés premiers." Avec cette phrase, le chef de la gauche italienne, Pier Luigi Bersani, dessine parfaitement les contours de la situation délicate dans laquelle se trouve l’Italie.

La maléfique loi électorale a une nouvelle fois jeté un sort à ce pays. Car si la courte victoire de la gauche lui assure une majorité confortable à la chambre, aucune des coalitions n’obtient une majorité au Sénat. Difficile donc de former un gouvernement suffisamment solide pour lancer les réformes institutionnelles dont le pays a cruellement besoin. "Le tsunami Beppe Grillo s’est abattu sur le Parlement avec un effet dévastateur", constatent plusieurs éditorialistes. Une situation qui n’offre pas beaucoup d’options : ou les partis s’entendent, ou l’Italie retourne aux urnes.

Ecouter les italiens

Le premier scénario proposé par certains dès la fermeture des urnes, à savoir une alliance entre la droite de Silvio Berlusconi et la gauche de Pierluigi Bersani, a été rapidement écarté par ce dernier. "Au Parlement, nous nous confronterons, mais je ne pense pas que faire ce genre de cuisine politique corresponde à cette grande demande de changement voulu par les Italiens. Non, la route à trouver se trouve exactement à l’opposé", a déclaré le leader du Parti démocrate (PD).

Quelques heures auparavant, Silvio Berlusconi, coiffant sa casquette d’homme d’Etat, avait pourtant lancé cette perche au PD, expliquant que cette phase délicate pour le pays ne pouvait aboutir que sur une prise de responsabilité des partis politiques. Un geste qui pouvait aussi s’apparenter à un piège pour la gauche, cette dernière aurait ainsi été prisonnière de la droite berlusconienne, qui, sans avoir gagné, a réussi à éviter la débâcle annoncée. Une alliance qui aurait donné davantage d’arguments aux Italiens qui rejettent en bloc une "caste" politique, qui donne l’impression de chercher à sauvegarder ses avantages et passe-droits.

La balle dans le camp de Grillo

En tournant le dos à Silvio Berlusconi, Pierluigi Bersani rejette donc la patate chaude au troisième personnage de ce huis clos, Beppe Grillo. "C’est à lui, maintenant de nous dire ce qu’il veut faire", scande le secrétaire général du Parti démocrate. Une phrase qui ressemble furieusement à une ouverture vers l’humoriste de Gênes.

"Je sais que les membres du Mouvement cinq Etoiles voulaient nous mettre dehors du Parlement", poursuit Pier Luigi Bersani, "mais maintenant qu’ils s’y trouvent aussi, il faudra bien qu’ils nous disent ce qu’ils veulent faire de leur pays et celui de leurs enfants !" Une façon de responsabiliser les "grillons" comme on les appelle en Italie, pour qu’ils arrêtent de critiquer le système sans proposer d’alternatives.

"Nous refusons de faire des alliances, car ce serait comme nous associer à des cadavres ambulants", explique Alessandro Di Battista, un des élus du Mouvement cinq Etoiles à la chambre, "par contre, si le prochain gouvernement propose des lois qui ressemblent aux points de notre programme, nous écouterons et nous soutiendrons si cela nous convient".

Une alliance à la carte avec ce nouveau venu dans le paysage politique italien n’est donc pas totalement à exclure, notamment pour réformer la loi électorale et les institutions avant un éventuel retour aux urnes, dans quelques mois.

Autant de pistes qui ne permettent pas encore de comprendre parfaitement quelle solution l’Italie devra inventer pour sortir de cette impasse institutionnelle inédite dans l’histoire de la République. "Je suis serein", s’est contenté de dire le président de la République, Giorgio Napolitano, "je ne suis pas habilité à commenter les résultats électoraux, je suis juste appelé à attendre que chaque parti me fasse part de ses réflexions avant d’en tirer des conclusions." Le chef de l’Etat devait donc entreprendre rapidement des consultations avant de charger probablement Pier Luigi Bersani de mener des négociations pour former un gouvernement.

Une solution avant le printemps

Le secrétaire du PD rejette toute tentation de retourner immédiatement aux urnes. "Ce n’est pas la solution", dit-il. Les négociations, qui s’annoncent ardues, devront aboutir avant le 15 avril, date à laquelle les deux chambres du Parlement se réuniront en session conjointe pour élire le nouveau président de la République. Une date butoir imposée par la Constitution. Le septennat de Giorgio Napolitano s’achèvera un mois plus tard, le 15 mai.