Quel avenir politique pour Mario Monti ?

Arrivé en quatrième position, avec 10 maigres pour-cent des suffrages, Mario Monti est le grand perdant du scrutin. L'ampleur de sa défaite a surpris certains observateurs de la politique italienne.

Quel avenir politique pour Mario Monti ?
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S. dB ( st.)

Arrivé en quatrième position, avec 10 maigres pour-cent des suffrages, Mario Monti est le grand perdant du scrutin. Malgré des derniers sondages peu favorables pour l’ancien président du Conseil italien, l’ampleur de sa défaite n’en a pas moins surpris certains observateurs de la politique italienne. "On annonçait un recul des intentions de vote, mais pas à ce point-là. Les sondages le donnaient tout de même à 13-14 %", s’étonne Giulia Sandri, maître de Conférences à l’université catholique de Lille.

Pour Corinne Deloy, responsable de l’Observatoire des élections en Europe pour la Fondation Robert Schuman, ce déclin n’a finalement rien d’étonnant. "La politique est un métier qui ne s’improvise pas. Mario Monti a beaucoup de qualités, mais ce n’est pas un homme politique."

Une bataille perdue d’avance

"Il a sous-estimé la désapprobation des citoyens vis-à-vis de la politique d’austérité des derniers mois", estime Giulia Sandri. Le chef du gouvernement sortant a pourtant lancé de nombreuses réformes et réduit les dépenses publiques, qui ont provoqué moins de protestations sociales qu’ailleurs dans l’Union. Même si leur effet tarde à se manifester, "ce sont des réformes nécessaires. Monti a été nommé pour les mener et il a rempli son rôle. Les Italiens en ont conscience, mais n’ont pas compris la reconversion de Monti", décrit Corinne Deloy. En effet, sa candidature en a étonné plus d’un. "En se présentant aux élections, il a parié sur le fait que les Italiens devaient lui être redevables pour avoir rendu à l’Italie sa crédibilité. Mais il n’a pas pensé que le scrutin, c’est une autre bataille. Face aux campagnes menées par les autres candidats, la bataille était perdue d’avance."

Avenir incertain et européen ?

Ce qu’il adviendra de Mario Monti, sur le plan politique, "il est trop tôt pour le dire", prévient Giulia Sandri. Bien que son avenir reste incertain, il est possible de l’imaginer président de la République. "C’est possible car c’est un homme respecté et respectable", pose Corinne Deloy. Même si Giulia Sandri estime que sa candidature aux législatives pourrait avoir amoindri ses chances de devenir chef de l’Etat. "En troquant sa veste de technicien pour celle de politicien, il a brûlé la possibilité de se présenter aux présidentielles. Mais c’est toujours complexe en Italie, donc rien n’est exclu."

A moins que le futur politique de Mario Monti ne se conjugue sur le mode européen. L’ex-commissaire européen jouit d’une certaine aura dans l’Union, pour avoir stabilisé l’Italie. Ce statut a plombé sa campagne, les Italiens jugeant que l’austérité leur a été imposée par l’Europe. "Il a souffert d’être le candidat de l’Europe et de la raison, ce qui a été mal perçu par la population" , explique Corinne Deloy.

Bien que lui-même n’ait jamais mentionné cette possibilité, il ne serait pas étonnant de retrouver Mario Monti sur le devant de la scène européenne. "Il est aussi trop tôt pour le dire, mais c’est clair qu’il a un profil plus européen qu’italien", convient Giulia Sandri. "Le profil pour devenir président du Conseil européen", ajoute Corinne Deloy.

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