Italie : le casse-tête politique préoccupe l'Europe

Le président italien Giorgio Napolitano a écarté vendredi la possibilité d'un retour aux urnes malgré le blocage politique issu des élections législatives de lundi et mardi derniers.

Italie : le casse-tête politique préoccupe l'Europe
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Nouveau gouvernement technique, gouvernement minoritaire de gauche, alliances improbables, nouvelles élections? L'Italie était dans le flou vendredi après des législatives qui n'ont dégagé aucune majorité claire, suscitant l'inquiétude de l'Europe.

Le temps presse, le pays, surendetté (127% du PIB) et plongé dans la récession (-2,4% en 2012), piétine dans l'attente de décisions difficiles mais aucun scénario ne prévaut dans l'immédiat.

En raison d'un système électoral complexe, l'Italie est dans l'impasse avec un centre gauche largement majoritaire à la Chambre des députés mais muni seulement d'une majorité relative (très loin de la majorité absolue) au Sénat.

Les trois grandes forces issues du scrutin sont dans l'ordre la gauche PD-SEL de Pier Luigi Bersani, le PDL-Ligue du Nord de Silvio Berlusconi et le Mouvement Cinq Etoiles (M5S) de Beppe Grillo. Cette formation protestataire née il y a seulement trois ans s'est adjugé un quart des voix en canalisant la colère des électeurs contre l'austérité et la "caste des politiciens" professionnels.

M. Bersani a réitéré vendredi dans un entretien au journal Repubblica son refus de pactiser avec M. Berlusconi pour former un gouvernement stable et a relancé une offre faite dans la semaine à l'ex-humoriste Grillo pour collaborer sur un programme de réformes concrètes (coupes dans les dépenses de la politique, hausse des aides sociales aux sans emplois).

Le chef du Parti démocrate a élargi sa proposition vendredi à toutes les formations présentes au parlement y compris le PDL. Et il n'a pas exclu qu'en échange de leur appui, M5S ou le PDL puissent obtenir par exemple la présidence d'une des chambres du parlement. Pour que le gouvernement se constitue, il doit obtenir la confiance de chacune des assemblées parlementaires dans le système italien de bicaméralisme parfait.

Grillo refuse de s'associer au PD de Bersani

Grillo a opposé une fin de non-recevoir à l'offre de M. Bersani, qu'il a accusé de "harceler politiquement" ses élus. "Le PD se croit à la foire aux bestiaux, le M5S n'est pas à vendre", a-t-il écrit vendredi.

A l'inverse, le Cavaliere enfilant son costume d'homme d'Etat, a proposé son appui à Bersani, ce que les militants de gauche et l'entourage du secrétaire du PD rejettent résolument.

"Beppe Grillo sera celui qui décidera, tout dépend de s'il veut de nouvelles élections ou non. Il a un rôle central, c'est lui qui a les cartes en mains", a expliqué le professeur de sciences politiques Roberto D'Alimonte. Pour pimenter un peu plus le scénario italien, de nombreux militants de M5S ont contesté la ligne de Beppe Grillo.

Le président tente l'appaisement

Pour rassurer l'Union européenne, le président italien Giorgio Napolitano, a garanti lors d'une visite en Allemagne, que la péninsule "assumera ses responsabilités et fera sa part de sacrifices" pour la construction européenne. Mais, a-t-il expliqué à ses interlocuteurs, "il n'y a pas de possibilité d'accélérer" la formation du gouvernement avant la deuxième moitié de mars. La Constitution italienne prévoit en effet une phase exploratoire où le président reçoit les différents partis pour voir si une majorité peut se former. Le résultat des élections italiennes a plongé dans la stupeur et l'embarras l'UE en général et l'Allemagne, chantre de la rigueur, en particulier.

Il a aussi relancé le débat sur les politiques d'austérité prônées par Bruxelles et Berlin qui réclament la poursuite des efforts budgétaires des pays fragiles de la zone euro.

"Une seule chose est claire, l'Italie a une majorité...contre (la chancelière Angela) Merkel". En citant ce bon mot d'un journaliste italien, le quotidien berlinois Tagesspiegel résumait bien le malaise allemand.

Les marchés financiers ont fait preuve cependant d'une résistance surprenante, convaincus qu'une coalition se formera pour gouverner le pays.

"Le marché a maintenant appris à vivre avec ce sentiment d'incertitude politique en zone euro", a estimé Renaud Murail, gérant chez Barclays Bourse. Pour le professeur à la Warwick Business School, Guglielmo Meardi, "l'Italie, habituée à l'instabilité parlementaire", devrait être en mesure "de se maintenir sur les rails jusqu'à l'automne pour organiser de nouvelles élections à ce moment-là, en même temps qu'en Allemagne".

"Après cette date, étant donné qu'il n'y aura plus d'élections en prévision (dans les grands pays de l'UE, après celles françaises, allemandes et espagnoles, ndlr), il sera possible d'organiser des discussions plus sérieuses entre les principaux pays de la zone euro sur la gouvernance économique en Europe", a conclu M. Meardi.

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