Mort d'Abou Zeid : inquiétude pour les otages français

René Robert, grand-père d'un des six otages français aux mains d'Aqmi, a déclaré samedi que son "inquiétude" était "renforcée" après l'annonce de la mort au Mali de l'Algérien Abdelhamid Abou Zeid, l'un des principaux chefs d'Al-Qaïda au Maghreb islamique, une information non confirmée par Paris.

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Mort d'Abou Zeid : inquiétude pour les otages français
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"Notre inquiétude est renforcée, mais on est inquiet depuis qu'une action militaire est engagée", a déclaré M. Robert, grand-père de l'otage Pierre Legrand. Pour lui, "l'action militaire met en danger les otages, clairement".

La mort d'Abou Zeid dans des combats au Mali, annoncée vendredi par le président tchadien Idriss Déby n'ayant pas été confirmée à Paris, "on est obligé d'attendre, (d')avoir une validation de cette information. Il y a autant de chances qu'elle soit confirmée qu'infirmée", a estimé M. Robert, interrogé par l'AFP.

"Si la mort était confirmée, on n'échafaude pas d'hypothèses", a dit M. Robert, les otages pouvant être "concernés par la mort" ou non, "si les otages sont retenus loin du terrain d'action".

Malgré l'inquiétude, "on garde confiance, on est dans une position positive", a-t-il souligné. "Notre conviction est qu'(il faut) qu'aujourd'hui l'Etat prenne conscience du risque qu'il fait courir aux otages qui sont des personnes innocentes". "On s'en reporte à ce qu'a dit le président (français François Hollande): +nous mettrons tout en oeuvre+ pour la libération des otages", a conclu M. Robert.

Pierre Legrand, Thierry Dol, Daniel Larribe et Marc Féret ont été enlevés le 16 septembre 2010 par Al-Qaïda au Maghreb islamique dans le nord du Niger, à Arlit, un site d'extraction d'uranium. Deux autres Français, Serge Lazarevic et Philippe Verdon, ont été enlevés le 24 novembre 2011 au Mali, un enlèvement ultérieurement revendiqué par Aqmi.

L'arme identifiée mais pas le corps

Selon la chaîne de télévision privée algérienne Ennahar TV, Abou Zeid serait mort avec 40 islamistes dans le nord du Mali, tandis que trois jihadistes auraient été arrêtés par les troupes françaises. Citant des "sources sécuritaires", le site en ligne d'Ennahar a annoncé jeudi soir que les soldats français avaient découvert les corps "de 40 terroristes dont celui d'Abou Zeid" après de violents combats près de Tigharghar, dans le sanctuaire d'Aqmi et des islamistes les plus radicaux de l'Adrar des Ifoghas, dans l'extrême nord-est malien, près de la frontière algérienne.

Le quotidien algérien El Khabar rapporte pour sa part vendredi que des tests ADN ont été pratiqués en Algérie sur deux membres de la famille d'Abou Zeid, afin de confirmer son identité. "Les services de sécurité sont en train de comparer l'ADN de deux proches parents d'Abou Zeid avec des échantillons prélevés sur les restes d'un corps remis par les forces françaises" aux autorités algériennes, précise El Khabar.

Des officiers des services de sécurité algériens ont identifié l'arme mais pas le corps présenté comme celui du plus radical des chefs d'Aqmi, a rapporté samedi le journal algérien El-Khabar. Les Etats-Unis ont jugé "très crédibles" les informations sur la mort d'Abdelhamid Abou Zeid, annoncée par des médias algériens. "Nous estimons que ces informations sont très crédibles", a déclaré un responsable américain à l'AFP sous couvert de l'anonymat. "Si cela est vrai, ce serait un coup significatif porté à Aqmi", a-t-il ajouté.

Paris n'a pour l'instant pas confirmé. "Des informations circulent, je n'ai pas à les confirmer parce que nous devons aller jusqu'au bout de l'opération", avait déclaré vendredi midi François Hollande, qui évoquait dans un discours l'opération militaire au Mali, entrée "sans doute" dans sa dernière phase, "sûrement la plus délicate".

La mort du djihadiste Abou Zeid reste "hypothétique" tant qu'elle n'est pas confirmée par un réseau islamiste, juge Matthieu Guidère, professeur d'islamologie à l'université Toulouse 2. Selon lui, cette mort signifierait la "fin officielle" d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) mais pas de la mouvance djihadiste au Sahel "qui s'est fragmentée".

Un chef redoutable

De son vrai nom Mohamed Ghedir, l'Algérien Abou Zeid, 45 ans, est considéré comme l'un des chefs les plus radicaux des groupes islamistes du nord du Mali, soupçonné notamment de la prise en otages de nombreux occidentaux. Petit et maigre, il est apparu pour la première fois en 2003 lors du spectaculaire enlèvement dans le grand sud algérien de 32 touristes européens par le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), ancêtre d'Aqmi.

Ancien trafiquant devenu islamiste radical dans les années 1990 en Algérie, il est aussi soupçonné d'être responsable de l'enlèvement au Niger du Britannique Edwin Dyer, exécuté en juin 2009, et en septembre 2010, toujours au Niger, de cinq Français, un Malgache et un Togolais sur un site d'uranium exploité par le groupe français Areva. Quatre de ces Français sont toujours aux mains d'Aqmi et pourraient être détenus dans la zone où Abou Zeid aurait été tué.

Il aurait également participé à l'enlèvement du Français Michel Germaneau, 78 ans, dont Aqmi avait annoncé l'exécution en juillet 2010.

Quelque 1.200 soldats français épaulés par 800 Tchadiens poursuivent par ailleurs une vaste opération pour déloger les islamistes de leur réduit des Ifoghas, notamment dans une zone vaste d'environ 25 km sur 25 km au sud-est de Tessalit. Selon l'état-major des armées françaises, une quarantaine de jihadistes y ont effectivement été "neutralisés" par les Français durant la semaine écoulée. Les islamistes entendent se battre "jusqu'au bout" et enregistrent des pertes de plus en plus lourdes, souligne-t-on.

Une cinquantaine de personnes ont par ailleurs été arrêtées sur une île du fleuve Niger qui sert de refuge à des islamistes près de Gao, lors d'une opération militaire toujours en cours vendredi.


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