Syrie: "Armez-nous avant qu’il ne soit trop tard"

Le chef d’état-major de l’Armée syrienne libre (ASL) est venu pour la première fois en Europe, précisément à Bruxelles, pour demander la livraison aux rebelles d’armes lourdes, de munitions, de missiles antichar et de missiles sol-air.

Christophe Lamfalussy
Syrie: "Armez-nous avant qu’il ne soit trop tard"
©AFP

Le chef d’état-major de l’Armée syrienne libre (ASL), le général Selim Idriss est venu pour la première fois en Europe, précisément à Bruxelles, mercredi, pour demander la livraison aux rebelles d’armes lourdes, de munitions, de missiles antichar et de missiles sol-air.

Habillé en treillis militaire, le général syrien, qui avait fait défection en juillet dernier, était reçu au Parlement européen par Guy Verhofstadt. L’ancien Premier ministre belge et son groupe des libéraux et démocrates européens (ALDE) plaident depuis des mois pour une aide militaire et humanitaire à l’opposition syrienne.

"N’attendez pas qu’il soit trop tard", a souligné le général Idriss. "Les Russes et les Iraniens soutiennent le régime. Celui-ci utilise des armes lourdes, des missiles Scud et une force aérienne très puissante."

Pour le nouveau chef de l’ASL, il n’y a pas de solution politique en Syrie, comme l’espère la communauté internationale, et seule une guerre courte, intensive, permettra de sortir le pays du cauchemar. Selon lui, l’armée de Bachar al-Assad est dominée à 90 % par des officiers alaouites, et ceux-ci ne rendront jamais les armes. Sunnite, originaire de Homs, le général Idriss a fait défection quand l’armée a voulu faire porter la responsabilité de la destruction d’un village par les "terroristes" alors que c’était elle qui l’avait détruit.

"J ’ai pris mes dispositions et je suis parti", dit-il. "Depuis le début du conflit, ma famille a déjà été déplacée quatre fois." Près de 70000 personnes ont été tuées depuis le début de la répression en 2011 et l’Onu estime désormais à plus d’un million le nombre de réfugiés syriens dans les pays voisins.

"Si nous avons les munitions nécessaires, nous sommes capables de faire tomber le régime en moins d’un mois", a-t-il promis aux députés européens.

L’ASL affirme ne pas recevoir d’armes directement de l’Ouest mais s’approvisionne sur "le marché noir intérieur" et utilise des armes saisies à l’armée nationale. Selon le général, chaque arme est enregistrée au sein de son état-major, en notant son numéro d’origine.

Interrogé sur le risque de voir ces armes tomber dans les mains des factions radicales, le général s’engage même à "les rendre" après la chute du régime. "Si vous me donnez dix fusils, nous vous rendrons dix fusils, avec les numéros identiques", a-t-il également promis.

Les Américains et les Européens refusent jusqu’ici de livrer des armes aux rebelles syriens malgré l’appui de Moscou et de Téhéran, via le Hezbollah, au régime de Damas. Le 18 février, les Européens ont admis une aide "non létale". Les Britanniques ont sauté dans la brèche en annonçant mercredi qu’ils allaient fournir des véhicules blindés aux rebelles. "Nous devons, avec le reste de l’UE, être prêts à aller plus loin, et nous ne devons exclure aucune option pour sauver des vies", a déclaré le secrétaire au Foreign Office, William Hague, aux députés britanniques.

Hier Guy Verhofstadt a appelé les Etats européens à rejoindre une coalition avec les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni. "Si on ne fait rien, cette guerre va continuer", a-t-il dit.

Les relations avec le Front al-Nosra

Le général Idriss, qui n’a rien d’un idéologue, a nommé deux seconds qui sont réputés proches des Frères musulmans et des salafistes. Il estime à 10 % le nombre d’islamistes radicaux se battant aux côtés de l’ASL, mais craint leur montée en puissance si les Occidentaux n’aident pas l’ASL. Interrogé sur le Front Al-Nosra, mis sur la liste noire des Etats-Unis, il insiste sur le fait que la faction islamiste, responsable de plusieurs violations des lois de la guerre, n’opère pas sous la houlette de son armée. "Nous ne sommes pas contre leur participation aux combats. Il n’y a pas de planification préalable avant les batailles. Lorsqu’il y en a une, tous ceux qui ont une arme participent au combat." Très conscient des craintes de l’Occident, après l’expérience de la Libye, le général promet que, dans une Syrie démocratique, les islamistes étrangers seront appelés à quitter le pays. "Nous ne voulons pas qu’ils influencent notre jeunesse", a-t-il dit. Selon lui, le Front Al-Nosra compte environ 5000 hommes (dont 4000 Syriens de souche) sur un total de 100000 rebelles armés.

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