Le Brésil veut "son" pape

Plus grand pays catholique, le Brésil attend le nom du nouveau pape avec impatience. Et croit fermement aux chances d'Odilo Scherer, archevêque de Sao Paulo. Un article de notre correspondante à Rio de Janeiro.

Élodie Guignard, correspondante à Rio
Le Brésil veut "son" pape
©AFP

La messe vient de s’achever en l’église Santa Rita, dans un quartier populaire du centre de Rio de Janeiro. "Ce serait bien un pape brésilien, non ?" , lance Caio, une pointe de défi dans la voix. Ce jeune métis a 20 ans, une coupe de cheveux à la Neymar - la pépite du foot brésilien - et un regard empli d’espoir. Depuis la renonciation de Benoît XVI, l’élection du prochain chef de l’Eglise catholique fait les grands titres de l’actualité au Brésil.

A l’image de Caio, ils sont des dizaines de millions de catholiques dans tout le pays à plaider pour l’élection d’un Brésilien comme nouveau pape. Et ils mettent tout en œuvre pour le faire savoir. Portraits et reportages dans la presse et à la télévision, pétitions, posts de blog ou déclarations d’hommes politiques : la mobilisation est conséquente. Car le plus grand pays catholique du monde, avec 123,3 millions de fidèles recensés en 2010, revendique la légitimité que le prochain Saint-Père soit l’un des cinq "papabili" brésiliens.

Parmi eux, Odilo Scherer fait figure d’immense favori. Au Brésil comme dans le reste de l’Amérique latine. La presse brésilienne n’en finit plus de lister les atouts de l’archevêque de São Paulo, troisième plus grand diocèse du monde. Le prélat se trouve être à la fois jeune (63 ans), d’origine germanique, considéré comme le protégé des hommes forts de la Curie et rompu aux défis de l’Eglise dans les pays émergents. Odilo Scherer est également une figure connue à Rome, où il a travaillé sept ans, et critique vis-à-vis de la controversée Théologie de la Libération. Un profil presque idéal, selon de nombreux Brésiliens et spécialistes étrangers. Mais Dom Antonio, l’évêque auxiliaire de Rio, tient à calmer certaines ardeurs. "Vous savez, ici aussi, on cite souvent le dicton : ‘Qui entre pape au Conclave en sort cardinal’ "

Evangélistes et pentecôtistes

L’élection d’un pape fin connaisseur des défis de l’Eglise contemporaine constituerait en tout cas un signal fort dans un pays qui continue à perdre des fidèles au profit des églises évangéliques et pentecôtistes. Le constat chiffré est sans appel : en dix ans, l’Eglise catholique a perdu 1,7 million de fidèles au Brésil. La part de catholiques dans la population a ainsi chuté de 73,6 % à 64,6 % entre 2000 et 2010.

Fidèle depuis toujours au catholicisme, Vaniuza, 54 ans, a été approchée pour changer de bord. "Il y a deux ans, des évangélistes de l’Eglise universelle du royaume de Dieu m’ont fait une proposition. J’ai décliné car ce ne sont pas mes idées, je suis catholique depuis toujours et souhaite le rester. Mais je connais beaucoup de personnes qui sont séduites. Et ici, il y a de tout : des évangélistes, des témoins de Jéhovah, des pentecôtistes "

"Un pape en phase avec son époque"

Au-delà de la nationalité, Paulo Fernando De Andrade, doyen du département de Théologie de l’Université catholique de Rio appelle le nouveau Saint-Père à réformer la Curie. "Cette réforme est nécessaire, elle doit impliquer une collégialité plus importante et effective. Le Pape ne peut gouverner l’Eglise à lui tout seul."

Les Brésiliens appellent de leurs vœux "un pape en phase avec son époque, qui transmettra la jeunesse de l’Eglise" , comme l’explique Dom Antonio. "L’époque actuelle est déjà très différente de celle de Jean-Paul II ou de Benoît XVI." Dans un pays à la population jeune, le nouveau pape sera particulièrement attendu sur ce terrain. "Je souhaite qu’il soit en phase avec son temps, celui des nouvelles technologies et d’un monde aux sociétés très diversifiées. Et avec tout ce qui s’est passé, entre scandales de pédophilie et erreurs de gestion, j’attends du pape qu’il permette, notamment aux jeunes, d’avoir de nouveau confiance en l’Eglise" , témoigne Caio.

Les jeunes fidèles brésiliens et du monde entier seront au premier plan pour rencontrer le nouveau pape, cet été, lors des Journées mondiales de la jeunesse organisées à Rio en juillet. Le comité d’organisation attend entre un million et demi et deux millions de personnes. L’événement pourrait attirer davantage de croyants car les JMJ devraient être le premier grand voyage à l’étranger du nouveau souverain pontife.