Rachida Dati: Paris, Sarkozy et attaques personnelles

Maire du VIIème, elle est candidate à la mairie de Paris, mais doit d’abord remporter la primaire UMP face à Nathalie Kosciusko-Morizet. Député européen et ancienne Garde des Sceaux, elle évoque la mise en examen de Sarkozy, l’Europe et les attaques personnelles. Rachida Dati est l’Invitée du samedi de LaLibre.be

Entretien: Dorian de Meeûs
Rachida Dati: Paris, Sarkozy et attaques personnelles
©JC

Maire du VIIème arrondissement, Rachida Dati est candidate à la mairie de Paris, mais elle doit d’abord remporter la primaire UMP face à sa rivale Nathalie Kosciusko-Morizet. Député européen et ancienne Garde des Sceaux, elle évoque également la mise en examen de Nicolas Sarkozy, l’Europe et les attaques personnelles dont elle fait l’objet. Rachida Dati est l’Invitée du samedi de LaLibre.be

 

Commençons par un point sur votre parcours politique. Vous avez déclaré récemment : « Depuis 2007, je suis critiquée, dénigrée, insultée et même menacée ». Pourquoi, selon vous?

Quand vous n’êtes pas du sérail, que votre parcours n’est pas classique et que - pourtant - vous réussissez et vous vous battez pour vos convictions, ça peut en gêner certains. Mais je ne vais surtout pas me plaindre ! J’ai choisi cet engagement politique, et les critiques font partie du « package ». Ce qui est gênant, ce sont les attaques et dénigrements personnels sur vos proches ou votre famille.

Vous pensez être montée trop vite trop haut ?

J’ai beaucoup travaillé pour en être arrivée là ! Croyez-moi, cela n’a pas été si facile !

Quelles sont vos relations avec Nicolas Sarkozy aujourd’hui ?

Elles sont bonnes. Cela ne signifie pas que nous n’ayons jamais eu de tensions. La grande qualité de cette relation c’est qu’on s’est toujours dit les choses avec une grande franchise. J’ai parfois contredit certains aspects de sa politique ou de ses actions mais dire ses désaccords, cela nous permet de débattre et d’évoluer dans nos positions.

Sa mise en examen (inculpation en droit belge) a soulevé une polémique à droite, où certains disent que c’est une vengeance par rapport à sa réforme de la Justice… que vous avez portée en tant que Garde des Sceaux. Quel est votre point de vue?

Il ne s'agit pas de vengeance. Il faut garder la tête froide. Rappelons l'origine de cette affaire qui est un conflit judiciaire violent entre une mère et sa fille ! Et je rappelle aussi qu’une mise en examen, ce n’est pas le prononcé d’une culpabilité ou d’une condamnation. Attendons sereinement l'issue de cette procédure.

En vue des prochaines échéances électorales, comment la droite française peut-elle se redynamiser et se ressouder ?

D’abord, avec un projet solide et audible. Elle doit s’opposer au gouvernement actuel qui met la France à genou. On va droit dans le mur. Les résultats de la politique de François Hollande sont effrayants: un chômage qui augmente, une délinquance qui explose, un pouvoir d'achat qui régresse, une croissance en berne et aucune perspective positive, aucune vision claire, ni ambition pour la France ! Face à cela, nous avons un gouvernement qui est dans l’inconsistance et l’incohérence. Prenons l’exemple de la politique pénale qui est en fait une politique d’impunité pénale ! Le gouvernement a annoncé la suppression des peines planchers contre les récidivistes, de la rétention de sureté (qui existe en Belgique) contre les criminels dangereux, des tribunaux correctionnels pour mineurs etc. La gauche a décidé d'arrêter la construction de prison et de ne plus faire exécuter les courtes peines de prison. Les signaux donnés aux délinquants sont donc clairs : continuez, vous ne risquez rien!

L’UMP organise une primaire à Paris en vue des municipales de 2014. Pourquoi ?

Il a été décidé que des primaires seront organisées pour toutes les élections lorsqu’il n'y a pas de candidat sortant. Et le principe de ces primaires devraient être, je l'espère, un moyen de sélectionner un candidat et non d'éliminer.

Jean-François Copé, président de l’UMP, est pourtant très réservé sur son opportunité et son coût.

C’est surtout qu’un problème se pose: la primaire telle qu’elle doit être organisée ne présente aucune garantie de transparence ni d’équité entre les candidats. Il ne faudrait pas que l’on répète le piteux spectacle qu’on a donné l’hiver dernier avec l'élection du président de l'UMP. Il faut éviter toute agression, ou toute manœuvre de déstabilisation. Ce sera d’ailleurs une primaire très bancale, car le centre n’y participera pas.

Qu’est-ce qui vous différencie de votre rivale Nathalie Kosciusko-Morizet ?

Je suis une élue parisienne, maire d’un arrondissement de plus de 56.000 habitants et Conseiller de Paris. Je suis impliquée et engagée dans tous les grands projets parisiens. Ces mandats parisiens sont la traduction de mon ancrage, de mon expérience de terrain et de ma réelle implantation locale. C’est déjà une grande différence. Ensuite, nos projets nous différencient. La priorité des Parisiens, c’est le logement, le transport, la sécurité et la propreté.

Que reprochez-vous au bilan de Bertrand Delanoë ?

La politique de la majorité municipale actuelle est une politique de contraintes et d’exclusions. On oppose les parisiens entre eux: ceux de l'ouest à ceux de l'est, les automobilistes aux piétons, les classes populaires aux classes moyennes, etc. Bref, on est toujours ‘contre’ quelqu'un ou quelque-chose. La fiscalité a augmenté de plus de 80%. Près de 200.000 personnes sont dans l’attente d’un logement. 27.000 enfants sont dans l’attente d’un mode de garde. Et je ne vous parle que des personnes ou des familles officiellement inscrites sur des listes d’attente !

Quelle sera votre première grande mesure si vous êtes élue Maire de Paris ?

Je pense que j'allègerais les règles technocratiques d'urbanisme souvent absurdes et qui empêchent de créer des logements. Ensuite, dans chaque programme de construction de logements, il faudrait prévoir, dès le départ, la construction de crèches, d'équipements sportifs, scolaires, afin de faciliter le logement de familles.

Vous êtes député européen. Quelle est votre analyse du plan de sauvetage de Chypre ?

C’est bien là qu’on se dit qu’il faut plus d’Europe et plus de solidarité, mais pas au détriment des peuples. Le premier accord décroché, qui prévoyait de taxer tous les dépôts bancaires des épargnants, y compris en dessous de 100.000 euros, c’était un projet qui allait clairement à l'encontre de l'esprit d'une règle que l'Europe elle-même a mis en place. Il y a une garantie de ne pas toucher aux dépôts de moins de 100.000 euros pour tout citoyen européen. Mais là, les ministres de l’Economie et des Finances, avec la complicité de la Commission s'asseyaient sur cette règle en connaissance de cause ! Choquant ! Heureusement que les Chypriotes ont réagi en mettant la pression sur l'Eurogroupe et la Commission qui ont évidemment reculé !

Vous rejetez le projet de budget européen. Pourquoi ?

La motivation est simple : il est en baisse, et ce, principalement sur les leviers de la relance de la croissance, de la compétitivité et de la solidarité. On ne peut pas voter ce budget européen les yeux fermés. Il nous faut d'abord de la flexibilité, parce qu'on ne va pas mettre nos ambitions au rabais pour les sept prochaines années sur la seule base de prévisions économiques moroses. Il faut surtout des ressources propres, pour que l'Europe puisse prendre ses responsabilités. Si ce budget est voté, je vous prédis une nouvelle augmentation des populismes en Europe.

Quel est votre intérêt pour les matières européennes ? Au début, l’on s’était un peu moqué de vous en disant que cela ne vous intéressait pas. Vous vous êtes imprégnée des matières européennes ?

(énervée) Tout ce qui a été dit, c’était pour faire du buzz ! C’est énervant d’avoir des étiquettes collées. Quand vous dérangez, vous dérangez tout le temps… donc on passe d’un prétexte à un autre ! Lorsque j’étais Garde des Sceaux, jamais la Justice n’avait été autant réformée… Toutes mes réformes ont été validées par le Conseil constitutionnel et sont aujourd’hui en vigueur. Après, on s’attaque à mon look, à ma vie, à ma famille, à mes origines… on peut s’attaquer à tout. C’est agaçant. Au niveau européen, je travaille et vous pouvez vérifier mes engagements au sein de l’enceinte parlementaire mais aussi à l’extérieur. Je suis allée en Syrie, en Libye, en Afghanistan, en Irak,… sur tous les terrains où l’on avait besoin de l’Europe. On ne peut pas me reprocher ça.

On vous sent très agacée par toutes ces attaques…

Oui, c’est agaçant! Vous, journalistes, vous êtes toujours en train de ressortir l’écume des choses que vous ne pouvez même pas motiver. Bossez un peu ! Avant de me poser cette question, regardez ce que j’ai fait !

Mais je ne vous attaquais pas, je vous demande seulement si les matières européennes vous intéressent à présent.

Ce n’est pas vous que j’attaque. C’est simplement agaçant.

Justement, vous n’avez pas envie - parfois - de quitter la vie politique pour redevenir magistrate ?

Les attaques ne me déstabilisent pas, même si souvent elles sont blessantes. Ce qui m’écœure c'est que l’on touche à ma famille et à mes proches qui n’ont rien demandé. Je l’ai accepté lorsque cela concerne ma personne. Je trouve qu’être au service de son pays, c’est un honneur qui m’est fait. Vu mes origines et vu ce que ce pays m’a donné (école notamment, ouverture sur le monde,…), je lui dois bien ça que d'être à son service. Je ne m’érige pas en exemple, mais j’essaie – au minimum – d’encourager ceux qui pensent que c’est impossible pour eux.

 

Entretien : Dorian de Meeûs

 

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