Les Belges sous pression en Chine

Les Belges et les Tibétains venus de toute l’Europe, qui fouleront le pavé bruxellois ce dimanche, réclameront la liberté et le respect des droits fondamentaux des habitants du Toit du monde, ainsi que l’action de l’Union européenne et de ses Etats membres.

Sabine Verhest
Les Belges sous pression en Chine
©AP

Les Belges et les Tibétains venus de toute l’Europe, qui fouleront le pavé bruxellois ce dimanche (*), réclameront la liberté et le respect des droits fondamentaux des habitants du Toit du monde, ainsi que l’action de l’Union européenne et de ses Etats membres. Ils pourraient aussi demander aux autorités belges pourquoi elles cèdent si facilement aux pressions chinoises.

En cette fin de semaine, Kirti Rinpoche, l’un des très hauts dignitaires religieux tibétains, avait prévu une série de réunions pour faire part de sa vision des immolations par le feu qui embrasent principalement les provinces du Sichuan et du Qinghai depuis 2009. L’homme connaît la situation. C’est en effet de son monastère d’origine, Kirti, qu’est partie cette vague de protestations inédite. "Dans cette région de Ngaba, trois générations au moins ont souffert de la présence chinoise. L’armée rouge de Mao est arrivée en 1935 dans le cadre de la Longue Marche. En 2008, les forces de sécurité ont tiré sur une manifestation pacifique et ont tué vingt-deux personnes. Depuis 2009, avec la première immolation, le monastère a été transformé en prison virtuelle et le degré de répression s’est fortement accru" , nous rapporte-t-il, comme il aurait pu l’expliquer à ses contacts belges.

Jeudi soir cependant, la délégation tibétaine a appris que les noms des interlocuteurs officiels du lendemain matin, vendredi, avaient été modifiés. Plus question de rencontrer Jehanne Roccas, la directrice du service Asie du ministère des Affaires étrangères; le ministre Didier Reynders (MR) a dépêché au pied levé le diplomate retraité Marc Otte, "en sa qualité d’ambassadeur honoraire", dont "chacun connaît (la) carrière et (les) grandes qualités". Plus question non plus de rencontrer Sabine de Bethune, la présidente (CD&V) du Sénat; la vénérable assemblée a délégué le N-VA Karl Vanlouwe, président de la commission des Relations extérieures.

"Même si nous ne sommes pas très puissants, en termes économiques ou autres, nous faisons peur aux Chinois parce que la vérité n’est pas de leur côté", estime Kirti Rinpoche. "C’est la raison pour laquelle ils ont appelé tous les gens que je devais voir en Belgique pour m’empêcher de les rencontrer." A cet égard, "je n’ai pas de commentaire à formuler", réagit le porte-parole des Affaires étrangères, Michel Malherbe. "Il s’agissait d’une rencontre informelle", cadre pour sa part celui de Mme de Bethune, Bart Croes. Et "nous ne commentons pas le fait qu’elle ne soit finalement pas venue".

"Ne pas oublier l’éthique"

Selon nos informations, les responsables du Service d’action extérieure de l’Union européenne ont subi des pressions de leur côté, mais n’ont pour leur part pas cédé.

Ce n’est pas la première fois que les responsables belges font ainsi marche arrière. Par deux fois, en 2005 et en 2007, ils avaient fortement prié le Dalaï Lama de renoncer à son séjour dans le pays. La première fois parce que Pékin menaçait d’entraver la visite du roi Albert II en Chine. La seconde fois pour ne pas porter ombrage, de la même manière, à la mission économique du prince Philippe. Ce qui n’empêcha pas, ultérieurement, l’alors Premier ministre Yves Leterme (CD&V) de recevoir le Dalaï Lama en 2008 - la Belgique s’est d’ailleurs dans la foulée fait snober par Pékin pendant plusieurs mois.

"Nous savons que la Chine est un partenaire économique important de tous les pays européens, conclut aujourd’hui Kirti Rinpoche, mais cela ne doit pas faire oublier les principes moraux."

(*) La manifestation européenne partira de la gare du Nord à 11 heures pour terminer par un grand rassemblement au Mont des Arts à 13h30.