Derniers ajustements avant le conclave

Depuis l’annonce officielle que le conclave débuterait mardi en fin d’après-midi après la messe solennelle pour l’élection d’un (nouveau) pontife romain, tous les services du Vatican ont mis les bouchées doubles pour que tout soit fin prêt pour cet acte majeur dans la vie de l’Eglise.

Christian Laporte
Derniers ajustements avant le conclave
©AP

Depuis l’annonce officielle que le conclave débuterait mardi en fin d’après-midi après la messe solennelle pour l’élection d’un (nouveau) pontife romain, tous les services du Vatican ont mis les bouchées doubles pour que tout soit fin prêt pour cet acte majeur dans la vie de l’Eglise. Dès vendredi soir, un tirage au sort a attribué les chambres des électeurs à la Maison Sainte-Marthe. La 201 restera cependant encore vacante. Pour cause : c’est la suite papale où s’installera pendant une semaine le successeur de Benoît XVI ; les appartements du Palais apostolique sont en effet en rénovation pendant l’interrègne

Au-dessus de la chapelle Sixtine, on a procédé à un ultime contrôle de la fameuse cheminée qui annoncera (ou non) l’élection d’un nouveau Pape alors que de nombreux artisans se sont relayés en son sein pour y installer un plancher, histoire qu’il n’y ait plus qu’une surface plane pour la circulation des cardinaux. Par ailleurs, le poêle qui accueillera les bulletins de vote et qui est opérationnel depuis 1938 a aussi été vérifié, tout comme son double, mis en place par sécurité depuis 2005. On sait que par le passé, la couleur de la fumée était produite par les bulletins brûlés avec ou sans paille. Mais on se rappellera qu’il y a huit ans, on avait douté à l’issue de certains tours de scrutin de la couleur ; c’est pourquoi on recourt à une technique permettant de donner une fumée plus sûre.

Une tâche confiée à une équipe particulière. Comme les cérémoniaires et comme tous les autres membres du personnel du Vatican qui, à un titre ou un autre, seront en "stand-by" au sein même du conclave ou à la "Domus Sanctae Martae", lesdits opérateurs du poêle devront eux aussi jurer solennellement de ne rien dévoiler du conclave.

Pas question non plus de laisser des intrus s’approcher du "saint des saints". Ils en seraient irrémédiablement écartés. Qui plus est, afin de prévenir toute visite impromptue, une commission spéciale est chargée de contrôler et de sceller les accès aux deux aires du conclave. Présidée par le Camerlingue, le cardinal Bertone, elle comprend le substitut de la secrétairerie d’Etat, le commandant de la Garde suisse, les notaires et des membres de la gendarmerie vaticane. D’aucuns pourraient trouver que ce genre de mesures de sécurité visant à assurer le secret absolu du conclave rappelle plus l’ère de la "guerre froide" que celle de la mondialisation mais c’est précisément le développement extraordinaire de moult techniques électroniques nouvelles qui fait que l’on est plus prudent que jamais dans la Cité du Vatican. Aussi, avant le début du conclave, on vérifiera encore plutôt deux fois qu’une si d’aucuns - cardinaux ou non - n’ont pas des appareils diaboliques dans leurs bagages et des techniciens spécialisés en brouillage entreront à leur tour en lice.

Ces mesures de sécurité contrastent évidemment avec l’hypermédiatisation de l’événement. Et certains cardinaux que l’on osait penser plus discrets se sont encore livrés à l’une ou l’autre interview au cours du week-end, tel le cardinal Ricard sur l’antenne de KTO ou encore le plutôt bavard cardinal américain Donald Wuerl - ses collègues se sont imposé un certain silence radio y compris sur leurs blogs - qui a confié à "La Stampa" qu’aucun cardinal n’avait vraiment émergé pendant les congrégations générales et que tout dépendra donc des premiers tours de scrutin. L’archevêque de Washington a aussi confié qu’"il fallait absolument renforcer la collégialité entre le Vatican et les Eglises locales".

"De grâce, pas un Pape ou secrétaire d’Etat italien"

Ce week-end, les cardinaux non romains auront aussi écouté avec attention les commentaires de Gianluigi Nuzzi, le journaliste qui a révélé dans un livre un brin sulfureux les fameuses fuites "Vatileaks". S’il est sorti de son mutisme, c’est pour émettre l’espoir que ni le prochain Pape, ni le prochain secrétaire d’Etat ne seront des Italiens ! Dans la foulée, il s’en est pris une fois encore au cardinal Tarcisio Bertone, laissant sous-entendre que si Benoît XVI a démissionné, ce n’est pas uniquement en raison de son âge ou de problèmes de santé.

Un sujet qui pourrait se retrouver au menu de la dernière congrégation générale, qui se tiendra ce lundi au Vatican, réunissant cardinaux électeurs et cardinaux âgés de plus de 80 ans.

Place Saint-Pierre, le compte à rebours a vraiment commencé. Si le Saint-Esprit y met du sien, on pourrait avoir un Pape avant la fin de la semaine.