Matteo Renzi, le scout florentin

Le 2 décembre dernier, Matteo Renzi perdait la bataille des primaires du Parti démocrate face à Pier Luigi Bersani. "Une bataille est perdue certes, mais certainement pas la guerre, car la prochaine législature sera brève", prédisaient ses supporters.

Matteo Renzi, le scout florentin
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Valérie Dupont, Correspondante en Italie

Le 2 décembre dernier, Matteo Renzi perdait la bataille des primaires du Parti démocrate face à Pier Luigi Bersani. "Une bataille est perdue certes, mais certainement pas la guerre, car la prochaine législature sera brève", prédisaient ses supporters. Moins de trois mois plus tard, les résultats des élections législatives semblent leur donner raison. Matteo Renzi pourrait bien rapidement briguer un nouveau poste de chef de la gauche lors de nouvelles élections primaires. "Si Pier Luigi Bersani ne réussit pas à former un gouvernement et à obtenir la confiance du Parlement, il faudra alors retourner aux urnes", a déclaré le jeune maire de Florence sur un plateau de télévision.

Beppe Grillo et son Mouvement cinq étoiles sont les grands vainqueurs de ces élections qui rendent l’Italie difficilement gouvernable, mais c’est Matteo Renzi - sur aucune liste - qui en sort paradoxalement renforcé. Il multiplie les déclarations pour marquer la distance entre lui et Pier Luigi Bersani. "Ce serait une erreur de considérer Grillo comme tous les autres partis", a-t-il déclaré, "comme ce serait une erreur de tenter de regagner des sièges en achetant ses députés avec une présidence de commission parlementaire ou l’autre, à la vieille manière de la politique italienne. Non, nous devons montrer aux Italiens que nous sommes prêts à complètement changer notre manière de voir les choses".

Des propos aux antipodes des déclarations du secrétaire général du parti, qui sera sans doute chargé par le Président de la République, dès cette semaine, d’explorer les pistes de formation d’un éventuel gouvernement de gauche soutenu par les parlementaires de Beppe Grillo. Un gouvernement qui a peu de chance de voir le jour, vu que le comique de Gênes n’en finit pas d’insulter celui qu’il appelle "Gargamel", alias Pier Luigi Bersani.

Monsieur Loyal

Du haut de ses 38 ans, Matteo Renzi peut facilement jouer dans la cour des jeunes élus du Mouvement cinq étoiles, il peut lui aussi tenter de représenter ces Italiens dégoûtés des vieux politiciens et de leurs méthodes. Avec son physique de gendre idéal, cet excellent orateur joue aussi la carte de la loyauté, rappelant au passage ses années de scoutisme. Voilà pourquoi il veut mener cette nouvelle bataille au sein même de son parti, sans penser à une quelconque scission. "Si l’on avait repris certaines de mes idées, notamment la main tendue aux électeurs déçus par le centre-droit, nous aurions peut-être remporté cette élection", avait-il déclaré après la non-victoire de son parti.

Le problème de Matteo Renzi - problème qui pourrait se transformer en force si les Italiens devaient retourner voter - est qu’il plaît davantage aux électeurs qui ne se réclament pas du centre-gauche. Souvent considéré comme un centriste plutôt de droite, avec des accents populistes qui rappellent ceux de Grillo, il a lancé dès 2011 sa campagne pour prendre le contrôle du Parti démocrate, lors d’une convention à Florence sur l’avenir de la politique intitulée "Big Bang", en annonçant qu’il voulait "recycler" les anciens du parti. De la même manière, Beppe Grillo hurle sur les podiums que tous les parlementaires des autres partis politiques doivent être éjectés du Parlement.

A l’instar de Beppe Grillo, Matteo Renzi prône aussi l’arrêt du financement public des partis politiques - une idée que rejette Bersani - l’abolition des privilèges des parlementaires ainsi que le développement des nouvelles technologies en Italie, bien en retard dans ce domaine par rapport à d’autres pays développés.

Le scout florentin attend patiemment son heure, et s’il s’était fait discret en campagne électorale, il a décidé de s’approprier la scène médiatique désertée par les perdants de ces élections. "Il ne va pas se lancer tout de suite et prendre le risque de se brûler les ailes. Il va attendre que Bersani soit cuit à point", pense James Walston, professeur à l’université américaine de Rome. "Renzi peut s’offrir le luxe d’attendre."

Alors que Silvio Berlusconi pourrait être mis définitivement hors jeu à cause de ses ennuis judiciaires, que Mario Monti s’est disqualifié pour résultats décevants et que Pier Luigi Bersani semble vouloir se lancer dans un combat perdu d’avance par manque de majorité parlementaire, Matteo Renzi pourrait se profiler en sauveur de la patrie. Selon un sondage publié vendredi, il arrive en tête des personnalités susceptibles de diriger le prochain gouvernement, avec 28 % d’opinions favorables. Pour la petite histoire, en 1994, âgé de 19 ans, Matteo Renzi avait gagné 48 millions d’anciennes lires au jeu télévisé "La Roue de la fortune". Dix ans plus tard, il semble que la roue tourne à nouveau pour ce jeune loup aux dents longues.