Chypre rejette le plan européen et va chercher les 5,8 milliards ailleurs

En 1h20, la messe était dite. Le Parlement chypriote a rejeté mardi soir le plan de sauvetage de l’Union européenne (UE) et du Fonds monétaire international (FMI), ouvrant grandes les portes d’une nouvelle zone de turbulences pour l’île, menacée de faillite, et pour l’euro. Comme en 2004, lorsque sous la pression des Nations unies, il avait fallu se prononcer pour la réunification de l’île, les politiques chypriotes ont refusé de se plier aux demandes de la communauté internationale. Le plan de sauvetage visait à accorder un prêt de dix milliards d’euros à Chypre, en échange de plusieurs réformes et d’une taxation exceptionnelle des comptes de dépôt pour un montant de 5,8 milliards.

Ch. Ly.

Chypre

En 1h20, la messe était dite. Le Parlement chypriote a rejeté mardi soir le plan de sauvetage de l’Union européenne (UE) et du Fonds monétaire international (FMI), ouvrant grandes les portes d’une nouvelle zone de turbulences pour l’île, menacée de faillite, et pour l’euro. Comme en 2004, lorsque sous la pression des Nations unies, il avait fallu se prononcer pour la réunification de l’île, les politiques chypriotes ont refusé de se plier aux demandes de la communauté internationale. Le plan de sauvetage visait à accorder un prêt de dix milliards d’euros à Chypre, en échange de plusieurs réformes et d’une taxation exceptionnelle des comptes de dépôt pour un montant de 5,8 milliards.

L’Eurogroupe avait recommandé lundi soir de ne pas taxer les comptes de moins de 100 000 euros (en principe, sous garantie). L’idée, très impopulaire, émanait en fait du président chypriote Nicos Anastasiades qui refusait de taxer à plus de 10 % les comptes mieux garnis, dont un tiers au moins sont détenus par des ressortissants russes.

Le plan a été rejeté par 36 députés, 19 abstentions émanant du parti Disy du Président et aucune voix pour. Le vote a été acclamé par les milliers de manifestants qui attendaient en dehors du Parlement. Le Président lui-même avait indiqué avant le vote que le plan allait être rejeté "parce qu’ils sentent et pensent que c’est injuste et va à l’encontre des intérêts de Chypre". Il a assuré qu’en cas d’échec, "nous avons nos propres plans". Selon la presse chypriote, Nicosie va chercher d’autres sources de financement pour ces 5,8 milliards, y compris de nouveaux bailleurs de fonds et l’émission d’obligations. Chypre voudrait aussi renégocier l’accord avec les Européens, avec le soutien de la Grèce. La BCE a pris hier soir acte du vote et reste disposée à injecter des liquidités, dans le respect des règles.

Tout cela éclaire un peu mieux la visite que doit rendre ce mercredi à Moscou le ministre chypriote des Finances Michael Sarris, attendu en principe pour négocier une extension à un prêt de 2,5 milliards d’euros de la Russie.

Les liens entre Chypre et la Russie, frères orthodoxes, sont innombrables. L’île sert de zone de refuge et de blanchiment pour les capitaux russes qui sont, en partie, réinvestis en Russie. Selon Moody’s, les avoirs des sociétés russes placés à Chypre s’élèvent à 19 milliards d’euros, auxquels il faut ajouter 12 milliards d’avoirs de banques russes dans des banques locales. C’est deux fois le PNB du pays.

La rumeur a couru ces derniers jours que Moscou cherchait, via Gazprom, à combler la dette chypriote en échange d’un accès aux réserves de gaz découvertes dans les eaux territoriales. La rumeur a été démentie. La Russie aurait un grand intérêt stratégique à accroître ses liens avec Chypre. Moscou a perdu dans les années 90 son accès à la mer Adriatique lors de la dislocation de l’ex-Yougoslavie. La Russie risque aussi de perdre sa dernière base navale de Méditerranée à Tartous en Syrie. Chypre est une île stratégique aux avant-postes du Moyen-Orient, qui abrite la seule base de la "Royal Air Force" en Méditerranée. Mais cela est encore de la fiction.

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