Les altermondialistes à l’heure arabe

"Dignité" : c’est le mot-clef du Forum social mondial qui s’ouvre aujourd’hui à Tunis, dans un contexte économique tendu.

Julie Schneider, correspondante à Tunis
Les altermondialistes à l’heure arabe
©AFP

"Dignité" : c’est le mot-clef du Forum social mondial qui s’ouvre aujourd’hui à Tunis, dans un contexte économique tendu. Dans le centre de la capitale, sur l’avenue Habib Bourguiba, artère emblématique du soulèvement qui a abouti au départ de Zine Ben Ali en janvier 2011, les festivités commencent. Tentes artistiques, concerts, les passants découvrent ce FSM, né à Porto Alegre, au Brésil en 2001, comme anti-Forum économique mondial de Davos.

Pour ce FSM, qui se tient pour la première fois dans un pays arabe, plus de 30000 militants et 4578 organisations, venant de 127 pays répartis sur les cinq continents, débattront de thématiques aussi diverses que celles des transitions démocratiques, des inégalités sociales, des droits de la femme ou encore de la place de la religion.

Un mouvement qui vient d’en bas

"L’un des enjeux du Forum sera de créer des passerelles, des synergies entre ces jeunes [qui ont fait la révolution], les nouveaux mouvements et les organisations de la société civile déjà structurées par leur lutte contre la dictature de Ben Ali", commente Bernard Pinaud, délégué général du CCFD-Terre Solidaire. Dans son éditorial, le quotidien francophone "La Presse", qui titre "Mobilisation mondiale pour la dignité", se félicite que "la société civile internationale offre, à partir [d’aujourd’hui] aux Tunisiens et Tunisiennes une semaine de dialogue, de débats et de concertation".

Gustave Massiah, membre du Conseil international du Forum social mondial, s’enthousiasme aussi à l’idée que des délégations palestinienne, jordanienne, algérienne, libanaise, bahreïni puissent organiser des discussions. La Palestine sera d’ailleurs à l’honneur. "C’est un défi formidable de réunir toutes ces organisations dans ce pays où le mouvement de lutte et des révolutions du monde arabe a commencé, où le peuple a exprimé son refus de la corruption, des inégalités sociales", se satisfait-il.

Mais la réunion de ces délégations arabes ne s’est pas faite sans obstacle. Bloquée pendant près de 5h à la frontière, la délégation algérienne a finalement pu regagner la Tunisie. En Algérie, mi-mars, près de 3000 chômeurs, selon les journalistes sur place, ont manifesté à Ouargla, dans le sud du pays, pour réclamer du travail et dénoncer les arrestations de chômeurs, sur fond de tensions économiques et sociales.

Dimanche, les autorités tunisiennes ont refoulé un bateau avec à son bord des sans-papiers venant d’Europe.

Reste qu’au fil des ans, le Forum social mondial, qui ne présente pas de conclusions finales, semble s’essouffler. Gustave Massiah n’y croit cependant pas. "La situation mondiale évolue. Avec la crise, de nouveaux enjeux apparaissent. Et le fait de ne pas faire de déclaration finale ne l’affaiblit pas. C’est dans la culture du FSM qui se veut un mouvement d’en bas et pas d’en haut, comme fonctionne le pouvoir actuellement."