Italie: Le président Napolitano prend la main

Le président italien tente de demêler un écheveau complexe, pris entre les exigences de la gauche, celles de la droite de Silvio Berlusconi et des contestataires menés par l'ex-comique Beppe Grillo.

Italie: Le président Napolitano prend la main
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Le président italien Giorgio Napolitano a pris la main vendredi pour tenter de demêler un écheveau complexe, pris entre les exigences de la gauche, celles de la droite de Silvio Berlusconi et des contestataires menés par l'ex-comique Beppe Grillo.

Face à cette équation politique difficile, le président Napolitano recevait vendredi matin une délégation PDL présidée par M. Berlusconi, dans l'après-midi le Mouvement Cinq Etoiles (M5S) de Beppe Grillo, puis les centristes de Mario Monti et le chef de la gauche Pier Luigi Bersani.

La mission confiée à ce dernier pour tenter de former un gouvernement est de facto "congelée" en attendant de voir si M. Napolitano réussira à lever, grâce à son implication "personnelle", les obstacles rencontrés par le chef du PD.

Dans un épisode mélodramatique typique en Italie, M. Bersani est monté jeudi soir au Quirinal au terme de consultations des forces politiques pour constater leur "non aboutissement". Face aux médias qui parlaient d'échec de M. Bersani, le PD s'est toutefois empressé de préciser que M. Bersani n'a pas jeté l'éponge et qu'"il ne renonce pas" à bâtir un exécutif.

Le chef du PD a dénoncé des "entraves et conditions inacceptables" posées par les forces politiques avec lesquelles il négociait depuis lundi pour "vérifier l'existence d'un soutien parlementaire sûr à un gouvernement", une tâche quasiment impossible en l'absence de majorité claire au parlement.

La gauche a obtenu la majorité absolue à la Chambre des députés aux législatives de fin février mais pas au Sénat, où gauche, droite de Berlusconi et M5S ont un poids similaire.

Les principaux écueils pour M. Bersani sont à la fois le refus total du M5S anti-partis et anti-austérité de collaborer, et un marchandage proposé par M. Berlusconi pour faire démarrer un gouvernement Bersani: l'aider à obtenir un premier vote de confiance en échange de la garantie que le futur président qui succèdera à la mi-mai à M. Napolitano vienne de son camp.

"Il y a deux voies possibles: ou nous faisons un gouvernement ensemble (PDL et PD) ou la gauche choisit un gouvernement que nous appuyons mais nous choisissons nous le président de la République", a résumé Daniela Santanché, une des égéries de M. Berlusconi, dans le journal Repubblica.

Pour M. Bersani, un gouvernement de "grande coalition" droite-gauche n'est pas acceptable car il provoquerait la colère de son électorat et pourrait faire imploser son parti.

Reste le choix du futur président: M. Berlusconi, désireux de se doter d'une immunité maximale face à ses ennuis judiciaires, aurait exigé que le candidat soit lui-même ou son bras droit de toujours Gianni Letta.

Selon la presse, il a été apparemment galvanisé par des sondages qui verrait le PDL en hausse et serait sur une position du "tout ou rien", soit la présidence soit un retour aux urnes dès juin ou juillet, une hypothèse très improbable puisque le parlement doit d'abord choisir le successeur de M. Napolitano.

Le chef de l'Etat sait que le temps presse alors que l'économie italienne, troisième de la zone euro, est plongée dans une profonde récession et que les partenaires étrangers s'inquiètent.

"Arrêtons de jouer", titrait vendredi sur cinq colonnes à la Une le principal journal économique italien Sole 24 Ore, en rappelant dans un éditorial qu'"un jeune sur deux est sans travail" et que "des dizaines d'entreprises ferment leurs portes chaque jour".

Sans solution à la crise, "nous risquons d'être de retour à la situation d'il y a deux ans ou même pire", avertit de son côté Ugo Magri, éditorialiste de La Stampa, en référence à la fin 2011 quand Silvio Berlusconi, privé de majorité au parlement, avait dû céder les rênes à M. Monti, en pleine tempête sur la zone euro.

Mis à part un gouvernement Bersani, M. Napolitano peut explorer d'autres options, notamment un nouveau gouvernement technique qui se limiterait à quelques mesures budgétaires et à réformer la loi électorale, principale cause de l'impasse actuelle.

Selon plusieurs journaux, la ministre de l'Intérieur, Anna Maria Cancellieri, un grand commis d'Etat apprécié à droite comme à gauche, pourrait prendre la tête d'un tel exécutif de transition.

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