Oui, un autre monde est toujours possible

Quel avenir pour le Forum social mondial (FSM) ? Après cinq jours de débats, les altermondialistes, qui s’étaient donné rendez-vous le 26 mars à Tunis, terminent leurs travaux ce samedi. Rassemblant des milliers de personnes, issues de plus de 4 500 organisations, représentant 127 pays, le Forum est un événement de grande ampleur dont certains remettent en cause la pertinence. L’heure est au bilan.

Tunisie

Quel avenir pour le Forum social mondial (FSM) ? Après cinq jours de débats, les altermondialistes, qui s’étaient donné rendez-vous le 26 mars à Tunis, terminent leurs travaux ce samedi. Rassemblant des milliers de personnes, issues de plus de 4 500 organisations, représentant 127 pays, le Forum est un événement de grande ampleur dont certains remettent en cause la pertinence. L’heure est au bilan.

1 Un succès ? Selon les participants à l’événement, le Forum de Tunis était "un franc succès" . "D’une part, au niveau de l’organisation. Ce n’était pas gagné d’avance, vu le contexte local et les difficultés à organiser un tel événement , explique Arnaud Zacharie, secrétaire général du Centre national de coopération au développement. D’autre part, parce qu’il y a eu un véritable lien avec Tunis. Nous avons pu ouvrir le débat avec les pays d’Afrique du Nord qui ont vécu le printemps arabe." En tant que membre du comité de pilotage du FSM, Mouhieddine Cherbib est très satisfait. Selon lui l’objectif principal, qui était de lier la société civile tunisienne à la société civile mondiale, a été largement atteint. "Ce Forum aura permis aux Tunisiens de découvrir que d’autres gens, dans d’autres pays, militent pour les mêmes causes."

2 Un mouvement qui s’essouffle. Le mouvement, espace de débats, semble pourtant s’essouffler depuis quelques années. Il est difficile de déterminer les conséquences concrètes qu’auront ces cinq jours sur la politique mondiale. "Le problème est la lisibilité des alternatives à grande échelle , reconnaît Arnaud Zacharie. Le modèle actuel, c’est plus de 1 000 ateliers organisés autour de différents thèmes. Il est donc difficile de faire une déclaration finale sur le Forum, ce qui rend flous les débouchés d’un tel événement." Ce mouvement altermondialiste n’a en effet pas d’autre pouvoir que celui de tenter de démontrer aux gouvernements qu’un autre monde est possible et de faire en sorte que les idées proposées soient abordées lors des discussions intergouvernementales. "Nous avons débattu des questions et nous donnons des pistes de solution , nous dit Mouhieddine Cherbib. Nous n’avons pas le pouvoir d’adopter des solutions. Ça, c’est le rôle des gouvernements." Certaines idées émises par les altermondialistes débouchent malgré tout sur des décisions politiques, comme la mise en place d’une taxe européenne sur les transactions financières - impensable il y a quelques années.

3 Un Forum particulier. C’est la première fois qu’un tel forum se tient dans un pays arabe. Tunis était "un très bon choix" , selon Arnaud Zacharie. "La Tunisie est un pays à la croisée des chemins, il est l’initiateur du printemps arabe." Ce fut l’occasion d’aborder deux grands sujets concernant les pays de la région : la transition démocratique et les droits des femmes. En temps de crise, ce Forum a pris une tournure inhabituelle. "Au départ, le FSM a été créé contre le Forum économique de Davos, pour mettre en garde contre les dangers du système économique mondial , rappelle Arnaud Zacharie. Aujourd’hui, il n’est plus question de mettre en garde contre la crise, puisque nous sommes déjà en crise. Aujourd’hui, c’est le temps des solutions." C’est également la première fois que le FSM se tient après une révolution. "Nous discutons des problèmes qui suivent la révolution , embraie Mouhieddine Cherbib. Une révolution est un bouleversement total, à tous les niveaux. Nous vivons dans un contexte anormal où il y a beaucoup de crises, énormément de mouvements sociaux. D’où l’avantage et la spécificité de le faire dans un pays comme la Tunisie."

4 Un avenir incertain. Le FSM 2013 touchant à sa fin, il est temps de penser à la suite du mouvement. Mouhieddine Cherbib est convaincu que la réussite de Tunis va donner un nouveau départ aux forums sociaux. "On en a besoin car c’est un lieu où les pays du monde discutent, confrontent leurs idées, partagent. Avec Tunis, la population dit oui pour une autre Tunisie, oui pour un autre monde." Néanmoins, vu le peu de débouchés concrets qu’apporte cet événement, certains pensent qu’il serait préférable d’y mettre un terme. Ne partageant pas cet avis, Arnaud Zacharie reconnaît néanmoins qu’une évolution du concept est nécessaire. En effet, le FSM se perd dans une diversité gigantesque de thèmes. Il serait peut-être préférable de passer "d’ un forum à des forums" , dans le but de déboucher sur des alternatives précises, comme le fait déjà le Brésil. "Cela permettrait de ne pas impliquer des milliers de personnes et de faciliter l’organisation." Il est vrai qu’organiser un événement de cette envergure nécessite de gros moyens. "L’avenir du mouvement est tout d’abord une question de pratique : quel pays aura l’envie et les épaules pour organiser un événement de cette ampleur ?" S. dB (St.)