Un peintre va à contre-courant de l'athéisme de l'ex-RDA

Michael Triegel est athée. Mais il s’est lancé dans la peinture religieuse et fait le portrait des papes.

Un peintre va à contre-courant de l'athéisme de l'ex-RDA
©n.d
Marcel Linden, correspondant en Allemagne

L’Allemagne de l’Est, apparemment la terre la plus athée de la planète, semble redécouvrir le christianisme.

L’exemple le plus discuté est celui du peintre Michael Triegel de Leipzig que certains de ses collègues appellent dédaigneusement le “peintre des Papes”. L’artiste âgé de 44 ans, qui a son atelier dans une ancienne filature de coton, s’apprête à prendre le chemin de Rome à la mi-avril; à l’occasion de l’anniversaire de Benoît XVI il y remettra un portrait de l’ancien pape à l’ambassade allemande auprès du Saint-Siège.

En 2010 il avait déjà peint le pape allemand pour l’évêque de Ratisbonne, Gerhard Ludwig Müller, qui est aujourd’hui le puissant préfet de la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi. Dans le premier portrait le Saint-Père avait les traits tirés, cette fois il esquisse un sourire.

L’impact du communisme

Pourquoi, a voulu savoir la “Süddeutsche Zeitung”. “Je ne le sais pas non plus”, a répondu le peintre, un peu interloqué. Sa carrière d’artiste de l’Église catholique avait commencé quand il a peint l’évêque Müller en 2010. Celui-ci avait été enchanté. Depuis le peintre sans religion a fait quatre tableaux d’autel.

Michael Triegel concède qu’il n’est plus un athée normal et il n’exclut pas non plus de demander le baptême. À l’époque de la RDA communiste, dit-il au journal munichois, “la religion m’attirait parce que je ne trouvais ni dans la famille ni à l’école ni dans la société avec ses bonzes (NdlR : dirigeants communistes) d’autorité que je ne pouvais pas prendre au sérieux sur le plan intellectuel”.

L’art l’a conduit à une espèce de semi-distance à l’égard de la foi chrétienne. Il imagine que la foi ouvre la voie au mystérieux et permet “d’échapper au rationalisme omniprésent de notre société”. Il a aussi peint un “rêve pascal” où la mort l’emporte : des pommes vermoulues, des crânes d’animaux, Jésus en croix; mais au fond de la toile on distingue le Christ ressuscité, comme dessiné par une main d’enfant.

46 % d’athées dans l’ex-RDA

Ceci dit, selon une étude récente de l’université de Chicago, de toutes les régions du monde l’ex-RDA a le plus grand nombre d’athées rigoureux, 46 % de la population, devançant de loin la République tchèque (26 %) et l’Allemagne de l’Ouest (5 %). L’éducation communiste d’après-guerre a fait des ravages.

Certes, en 1989 l’Église luthérienne a été le porte-bannière de la révolution populaire qui a mené à l’effondrement du Mur. Mais après la réunification, les protestants n’ont pas missionné systématiquement ces régions déchristianisées. Pourtant, dans les plus petits villages du Brandebourg ou du Mecklembourg les habitants, athées ou chrétiens, ont alors prêté main-forte pour restaurer des églises délabrées. La reconstruction de Notre-Dame de Dresde avec son imposante coupole a été l’aboutissement d’un élan national.

En 2017, l’Église protestante célébrera le cinq-centième anniversaire de la Réforme : en 1517, Martin Luther avait publié ses 95 thèses à Wittenberg (Saxe-Anhalt).

Mais cela favorisera-t-il un retour au christianisme ? Eberhard Tiefensee, prêtre catholique et professeur à l’université d’Erfurt (Thuringe), remarque que l’athéisme “s’est solidement enraciné”, les gens croyant que la science a prouvé l’inexistence de Dieu. De plus, en ex-RDA, l’état de non-affiliation à une confession se transmet mieux que la religiosité. Selon lui, un chrétien, qui veut se faire entendre, doit s’armer de patience, plus qu’ailleurs.

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