Hollande martèle qu’il sera "intraitable", "implacable"

Le président français veut marquer les esprits, à tout prix. Dans l’espoir qu’enfin commence à s’apaiser la tempête qui dévaste le pays depuis l’aveu d’évasion fiscale du ministre déchu Jérôme Cahuzac.

Bernard Delattre, correspondant permanent à Paris
Hollande martèle qu’il sera "intraitable", "implacable"
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Marquer les esprits, à tout prix. Dans l’espoir qu’enfin commence à s’apaiser la tempête qui dévaste le pays depuis l’aveu d’évasion fiscale du ministre déchu Jérôme Cahuzac. Mercredi, ce tumulte ainsi que le climat délétère perdurant ont contraint François Hollande à improviser une deuxième prestation médiatique consécutive sur le thème de la moralisation de la vie politique, son intervention télévisée de la semaine dernière n’ayant en rien ramené le calme.

Plus de contraintes pour les banques

Cette fois, les formes ont été mises. Le cadre solennel de l’Elysée a remplacé le plateau télé. Le ton, travaillé, a été plus solennel qu’à l’accoutumée - "martial", ont même jugé certains commentateurs. Et les mots ont été choisis pour frapper, prononcés par celui qui, depuis onze mois, se voit reprocher un "déficit d’autorité". De multiples "Je veux", donc. Plusieurs "J’ai décidé". Un "Je serai intraitable". Et même un "Je serai implacable".

Sur le fond, François Hollande ne s’est pas contenté de redites sur les nouvelles règles de transparence imposées aux ministres, élus nationaux et hauts fonctionnaires, concernant leurs patrimoines et intérêts. Une obligation dont, au passage, le champ a été élargi, mercredi : aux exécutifs locaux, autorités administratives indépendantes, et collaborateurs ministériels, présidentiels ou parlementaires.

L’Elysée a également annoncé le renforcement des effectifs policiers et judiciaires chargés de traquer la fraude. La création, en outre, d’"un parquet spécialisé, ayant une compétence nationale sur les affaires de grande corruption et de grande fraude fiscale". Et l’imposition aux banques françaises de nouvelles contraintes relatives aux activités qu’elles mènent dans les paradis fiscaux.

De l’"enfumage", pour "faire diversion"

Comme à l’habitude, c’est un accueil extrêmement contrasté qui a été réservé à ce "programme ambitieux de transparence démocratique et de lutte contre les circuits financiers frauduleux".

Le PS a salué "des mesures extrêmement fortes" : "arsenal sans précédent contre la corruption". Marine Le Pen s’est esclaffé de la promesse d’"éradiquer les paradis fiscaux": "Nicolas Sarkozy avait dit la même chose à l’issue du G20 du 2 avril 2009".

L’UMP a dénoncé des "mesures de façade", de l’"enfumage" pour "faire bonne figure" et "opérer une diversion" visant à faire oublier Jérôme Cahuzac. L’ONG "Finance Watch", qui milite contre les paradis fiscaux, a applaudi aux mesures relatives aux banques. Le syndicat de la magistrature, "sans tout rejeter en bloc", a déploré "une occasion manquée" en termes de moyens financiers et de garanties d’indépendance donnés aux juges . Et l’ex-juge anti-corruption Eric Halphen a parlé d’un plan allant a priori "dans le bon sens", attendant toutefois d’en voir les concrétisations sur le terrain.

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