La guerre est, pour l’heure, d’abord cybernétique

Tandis que le monde a les yeux rivés sur son programme nucléaire clandestin, la Corée du Nord développe, avec assurément plus de discrétion, ses capacités à mener un autre type de guerre, peut-être avec une efficacité plus redoutable : la guerre cybernétique.

Ph. P.

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andis que le monde a les yeux rivés sur son programme nucléaire clandestin, la Corée du Nord développe, avec assurément plus de discrétion, ses capacités à mener un autre type de guerre, peut-être avec une efficacité plus redoutable : la guerre cybernétique.

Les services du renseignement militaire nord-coréens seraient ainsi à l’origine de la vaste cyber-attaque lancée, le mois dernier, contre les réseaux informatiques de plusieurs chaînes de télévisions et de banques sud-coréennes, ont affirmé mercredi les autorités à Séoul. L’analyse des codes d’accès et des codes malveillants utilisés lors de ces attaques a révélé que la source se trouvait au Bureau général de reconnaissance de la Corée du Nord, a précisé l’Agence sud-coréenne de sécurité Internet (KISA), un organisme d’Etat.

"C’était une attaque préméditée et méticuleusement planifiée par la Corée du Nord", a déclaré un porte-parole de KISA. "Nous avons collecté beaucoup de preuves montrant que le Bureau général de reconnaissance a mené cette attaque, qui avait été préparée pendant au moins huit mois."

Les experts sud-coréens sont remontés jusqu’à six ordinateurs situés en Corée du Nord. L’attaque, qui avait eu lieu le 20 mars, visait les réseaux informatiques des chaînes de télévision KBS, MBC et YTN, et les systèmes des banques Shinhan et Nonghyu, lesquels avaient été "partiellement ou entièrement paralysés", selon KISA. Cette opération intervenait dans un contexte de tensions dans la péninsule coréenne, tensions qui n’ont pas cessé de croître.

Il est paradoxal que la Corée du Nord s’investisse dans ces techniques, alors que seule une infime minorité de Nord-Coréens jouit d’un libre accès à Internet, comme à la téléphonie mobile. On se souvient de l’étonnement suscité par la curieuse visite à Pyongyang, en janvier dernier, du patron de Google, Eric Schmidt.

Si le dernier régime stalinien de la planète n’a aucun intérêt à laisser la population nord-coréenne accéder à une information autre que celle diffusée par les médias officiels, il mesure, en revanche, l’importance de maîtriser les nouvelles technologies de la communication. Pouvoir pirater les réseaux informatiques des pays "ennemis" est une façon, pour Pyongyang, de compenser son infériorité dans le domaine des armes conventionnelles.

Cette expertise est désormais encouragée dans les universités nord-coréennes où les étudiants les plus doués en informatique se voient octroyer les privilèges réservés à la nomenklatura. Ils ont la chance de recevoir des bourses pour parfaire leurs compétences à l’étranger et sont ensuite recrutés par le Bureau général de reconnaissance, dont les effectifs seraient passés de 500 à plus de 3 000 employés. De quoi accréditer l’idée que le champ de bataille coréen s’est désormais déplacé sur la Toile.