Venezuela : Maduro succède dans la difficulté à Chavez

Le président par intérim du Venezuela, Nicolas Maduro, a été déclaré dimanche vainqueur de l'élection pour succéder à Hugo Chavez. Son adversaire Capriles ne reconnait pas cette victoire et fait état d'une série d'incidents durant le scrutin présidentiel.

Venezuela : Maduro succède dans la difficulté à Chavez
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AFP

Nicolas Maduro succédait dans la difficulté lundi au défunt président Hugo Chavez au lendemain de son élection de justesse à la tête du Venezuela, contestée par une opposition renforcée dans ce riche pays pétrolier en crise après 14 ans de "révolution socialiste".

A peine plus d'un mois après que le dirigeant charismatique du Venezuela eut été emporté, le 5 mars, par un cancer, M. Maduro, 50 ans, n'a été élu qu'avec moins de 250.000 voix d'avance, sur 19 millions d'électeurs inscrits, un résultat inespéré pour le candidat de l'opposition Henrique Capriles.

Alors que M. Capriles a encore qualifié lundi son adversaire de "président illégitime" tant que tous les bulletins de vote n'auront pas été recomptés, le gouvernement a annoncé que Nicolas Maduro serait officiellement proclamé président élu par le Conseil national électoral (CNE) ce jour, à partir de 14H00 (18H30 GMT).

Sur Twitter, le gouverneur Capriles avait peu auparavant dénoncé "un président illégitime". "Le peuple vénézuélien a le droit de procéder à un audit des élections et de connaître la vérité !", a-t-il également estimé, annonçant que "les actions" qu'entreprendra l'opposition "seront annoncées au pays".

Dans un communiqué, la mission d'observateurs envoyés par l'Union de nations sud-américaines (Unasur) au Venezuela a demandé que soient "respectés les résultats" émanant du CNE, "unique autorité compétente" en matière électorale.

"Nous voulons un nouveau comptage des votes pour aller de l'avant, pour être sûrs que nous avons perdu", a déclaré à l'AFP Oswaldo Gomez, un comptable de 56 ans, à Caracas où le sujet alimentait toutes les conservations dans les rues.

"Les gens ont voté pour un mort, non pour un incapable", a-t-il ajouté. "Le château de cartes va s'écrouler. La vérité va sortir. Ce sera un gouvernement de mensonges. Il (Maduro) n'a pas le leadership de Chavez. Il ne tiendra pas un an", a prédit Maria Rodriguez, 48 ans, tenancière d'un kiosque, où les passants s'arrachaient les journaux.

"C'est une situation très délicate. La marge est tellement étroite dans un pays qui est extrêmement divisé que cela va être difficile à digérer politiquement. Il est clairement divisé littéralement en deux", a dit à l'AFP le politologue Ignacio Avalo.

"Je ne crois pas que les résultats seront inversés, le système est inviolable, car il est très bon et fait l'objet de beaucoup de contrôles", a indiqué à l'AFP un membre ayant requis l'anonymat d'un des organismes chargés de superviser le scrutin.

Dans ce contexte, le nouveau président peut aussi redouter la convocation d'un référendum révocatoire dans les trois ans. Il suffit à ses détracteurs de réunir 20% de l'électorat sur une motion défiance pour pouvoir organiser ce vote, prévu dans la Constitution rédigée par M. Chavez dès son arrivée au pouvoir, en 1999.

Déboussolés

Visiblement sonné par la marge étroite avec laquelle il a été élu, M. Maduro, auquel les sondages promettaient une avance confortable, ne s'est pas opposé à un nouveau comptage des bulletins, tout en affirmant après l'annonce de son élection qu'il avait remporté une "victoire juste, légale et constitutionnelle". "Mission accomplie Comandante !", a-t-il clamé dimanche soir devant des centaines de ses partisans, loin de la foule que réunissait son mentor au moment de ses écrasants succès électoraux.

"Je ne sais pas ce qui s'est passé. Beaucoup ont retourné leur veste, mais aujourd'hui le président, c'est Maduro, et il doit préserver l'héritage du +Comandante+", a confié à l'AFP, Nahem Machado, un ouvrier de 41 ans, déboussolé.

De nombreux "chavistes" ne cachent pas leur scepticisme quant au charisme de M. Maduro, qui a promis de maintenir les programmes sociaux financés par la manne pétrolière, quasiment la seule ressource du Venezuela, détenteur des plus grandes réserves de brut du monde.

Un engagement qui s'annonce difficile à tenir dans une économie en crise avec une dette égale à la moitié du PIB et une inflation de plus de 20%, un record en Amérique latine.

Les électeurs risquent aussi d'être plus exigeants face au fléau de l'insécurité, préoccupation numéro un après une explosion du nombre des homicides (16.000 pour 29 millions d'habitants en 2012).

Son succès n'a pour l'instant été salué que par les alliés traditionnels du régime comme le président cubain Raul Castro, et ses homologues argentin Cristina Kirchner, équatorien Rafael Correa ou encore bolivien Evo Morales. Autant de pays qui bénéficient de l'aide du Venezuela, le plus souvent via la vente à prix préférentiels de barils de brut.

Le président russe Vadimir Poutine a quant à lui annoncé un renforcement de "son partenariat stratégique" avec Caracas, tandis que celui du Belarus Alexandre Loukachenko, un ami personnel de M. Chavez, l'a invité à lui rendre visite.


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