Mariage homosexuel : le débat dégénère

Le président François Hollande a appelé à un débat pacifié sans actes "homophobes". "Le droit de manifester est reconnu par notre Constitution et admis par les Français."

Mariage homosexuel : le débat dégénère
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La tension redouble en France à l'approche du vote du projet de loi instaurant le mariage homosexuel, avec de nouveaux incidents au cours de manifestations d'opposants qui ont poussé jeudi le président François Hollande à appeler à un débat pacifié sans actes "homophobes".

"Il y a des actes homophobes. Il y a des actes violents qui sont commis. Le droit de manifester est reconnu par notre Constitution et admis par les Français. Mais aucune manifestation ne doit dégénérer, aucune ne doit s'en prendre aux biens publics et il ne peut pas y avoir d'actes contre des personnes", a déclaré le président français à l'occasion d'une visite dans la banlieue parisienne.

"Il y a des manifestations, qu'elles se déroulent le plus pacifiquement possible", a ajouté François Hollande, réclamant qu'"on n'empêche pas les parlementaires de faire leur travail".

L'Assemblée nationale a repris mercredi en séance publique l'examen du projet de loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples de personnes de même sexe qui doit donner lieu à un vote définitif mardi 23 avril. Jeudi, les débats étaient empreints d'une vive tension.

A la ministre de la Justice Christiane Taubira qui disait assister à "un mauvais western spaghetti", un député UMP (opposition de droite), Philippe Cochet, a rétorqué que "l'on assassinait des enfants", provoquant une suspension de séance.

La droite, qui a déposé plus de 700 amendements, a qualifié de "coup de force" l'accélération de la procédure parlementaire, assortie d'une limitation du débat à 25 heures.

Mercredi soir, plusieurs milliers d'opposants à la réforme avaient défilé à proximité de l'Assemblée nationale protégée par des forces de l'ordre nombreuses. Comme souvent depuis ces dernières semaines, des échauffourées se sont produites à la fin du rassemblement.

Onze personnes ont été interpellées, selon une source policière. Plus tôt dans la soirée, 24 autres personnes qui tentaient de faire une contre-manifestation aux cris de "pas de fachos dans nos quartiers !" avec une banderole "L'homophobie tue", avaient déjà été interpellées, selon la police.

Des dégradations de mobilier urbain et de véhicules se sont aussi produites sur l'avenue des Champs-Elysées, d'après les autorités françaises. Des journalistes ont été pris à partie par des militants d'extrême droite, qui ont cassé une caméra et molesté certains d'entre eux.

Le collectif "La manif pour tous" animé par la médiatique Frigide Barjot, de plus en plus débordé par des éléments radicaux issus de l'extrême droite et du catholicisme intégriste, a appelé à manifester à Paris les 21 et 23 avril. Ministres chahutés pendant des visites de terrain, tentatives de camping sauvage devant l'Assemblée nationale, train bloqué en gare, les actions spectaculaires d'opposants à la réforme se multiplient, à Paris comme en province.

Deux députés socialistes de Vendée, un département conservateur de l'ouest de la France, ont même annoncé jeudi qu'ils avaient fait l'objet de "menaces de mort" et d'enlèvement.

Des incidents homophobes ont aussi été signalés. Trois employés d'un bar gay du centre de Lille (nord) ont été légèrement blessés mercredi soir au cours d'une agression par quatre hommes qui ont ensuite été interpellés.

Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a appelé jeudi "à la responsabilité de tous" après les incidents de ces derniers jours et à "faire le tri", s'en prenant vivement aux "groupuscules d'extrême droite" et aux "discours de haine raciale et d'actes homophobes".

Sommé par la gauche de prendre ses distances avec les éléments les plus radicaux du mouvement, le président de l'UMP Jean-François Copé a condamné jeudi les actes d'homophobie "abjects", mais a rejeté tout "amalgame" avec la majorité du mouvement contre le mariage pour les couples de personnes de même sexe.

L'ouverture du mariage aux homosexuels continue à être approuvée par la majorité des Français (53%) mais le droit à adopter qui en est son corollaire et qui cristallise la fureur des opposants est rejeté par la majorité d'entre eux (56%), selon un récent sondage.


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