Le poids de la mentalité traditionnelle tchétchène

Abstraction faite des inévitables fioritures conspirationnelles, la vérité sur l’attentat de Boston - prédite dès le début par les experts russes - est très simple : les frères Tsarnaev ont agi seuls et de leur propre initiative. A en croire Djokhar Tsarnaev interrogé par la police américaine, son frère aîné Tamerlan voulait "défendre l’Islam" de cette manière.

Boris Toumanov

Russie Correspondant à Moscou

A

bstraction faite des inévitables fioritures conspirationnelles, la vérité sur l’attentat de Boston - prédite dès le début par les experts russes - est très simple : les frères Tsarnaev ont agi seuls et de leur propre initiative. A en croire Djokhar Tsarnaev interrogé par la police américaine, son frère aîné Tamerlan voulait "défendre l’Islam" de cette manière.

Les services de sécurité et l’opinion internationale, habitués depuis l’apparition du spectre d’al Qaeda aux clichés sur un terrorisme inspiré par le fanatisme islamiste, sont mis désormais devant une réalité nouvelle où le facteur religieux ne sert aux terroristes que de prétexte pour se venger de leurs frustrations personnelles. C’est ce que pense un de nos interlocuteurs russes, spécialiste de l’antiterrorisme à la retraite, qui a voulu garder l’anonymat.

Déjà la manière artisanale dont ont été fabriqués les dispositifs meurtriers dénotait l’amateurisme des auteurs de l’attentat, dit-il. Sans parler du fait que les apprentis terroristes n’avaient même pas envisagé une situation dans laquelle la police serait presque immédiatement sur leurs traces, ce que confirme leur comportement illogique après l’attentat.

Selon notre source, toute activité antiterroriste doit désormais tenir compte non seulement des facteurs religieux, mais aussi de ceux d’ordre ethno-social. De ce point de vue, on ne peut que louer la vigilance de la police belge qui semble avoir compris la nécessité de surveiller étroitement la communauté tchétchène.

Pour surprenant que cela puisse paraître, le cas des frères Tsarnaev n’a aucune liaison avec les deux guerres tchétchènes, ni avec l’activité des indépendantistes tchétchènes. Cela était évident dès qu’on eut appris les détails de leur existence, partagée entre la Kirghizie et les Etats-Unis.

Mais la mentalité traditionnelle est restée quasi intacte, malgré une longue coexistence des Tchétchènes avec les Russes au sein de l’empire et de l’ex-Union soviétique. Ce raisonnement est également valable pour expliquer le rapt lundi des deux évêques orthodoxes en Syrie (NdlR : ils auraient été libérés mardi, selon l’association d’aide aux Eglises d’Orient "L’Œuvre d’Orient", citée par l’AFP à Rome) par des "djihadistes tchétchènes".

Individualisme hypertrophié

Selon un ethnographe russe d’origine caucasienne, qui prend lui aussi la précaution de l’anonymat, l’individualisme hypertrophié des montagnards tchétchènes, renforcé par leur orgueil tout aussi démesuré et leur fidélité aveugle aux coutumes médiévales, les rendaient et les rendent, en effet, a priori inaptes à s’assimiler en Russie et à plus forte raison aux Etats-Unis. Les frères Tsarnaev, malgré les apparences, n’ont jamais pu s’adapter à la société américaine dont la complexité parfois sophistiquée leur donnait l’impression d’être des ratés, estime-t-il.

C’est sans doute pour cette raison, nous dit l’expert, que l’aîné, Tamerlan, s’est cramponné à l’islam, suivant en l’occurrence non une ferveur religieuse, mais un désir de se faire remarquer. Ses protestations véhémentes à la mosquée de Boston contre les appels du mufti à respecter les fêtes nationales des Etats-Unis ou à vénérer la mémoire de Martin Luther King ne lui avaient apporté ni popularité ni respect. Alors il s’est converti au terrorisme.