Sarkozy a-t-il commis l'abus de faiblesse?

Nicolas Sarkozy, dont l'avenir politique est suspendu à ses déboires judiciaires, cherche à faire invalider sa mise en examen prononcée le 21 mars pour "abus de faiblesse" aux dépens de la milliardaire Liliane Bettencourt.

Sarkozy a-t-il commis l'abus de faiblesse?
AFP

La Cour d'appel de Bordeaux (sud-ouest) a renvoyé au 6 juin l'examen de la demande de nullité de l'enquête judiciaire visant Nicolas Sarkozy, mis en examen pour "abus de faiblesse" aux dépens de la milliardaire Liliane Bettencourt, a annoncé jeudi l'avocat de l'ancien président français. L'avocat général a demandé le renvoi de cette affaire à une date ultérieure, a déclaré à des journalistes l'avocat, Me Thierry Herzog, précisant que la date du 6 juin était retenue.

M. Sarkozy, dont l'avenir politique est suspendu à ses déboires judiciaires, cherche à faire invalider sa mise en examen prononcée le 21 mars pour "abus de faiblesse" aux dépens de la milliardaire Liliane Bettencourt, héritière de l'empire des cosmétiques L'Oréal. La justice cherche à déterminer si l'ancien président (2007-2012) a abusé de l'affaiblissement psychologique d'une des vieilles dames les plus riches du monde pour financer sa campagne présidentielle de 2007.

Les juges d'instruction ont clos leur enquête et le dossier a été transmis le 28 mars au parquet. L'audience à huis clos devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel sera la dernière chance pour les douze mis en examen, dont certains se sont joints à la demande de M. Sarkozy, de faire annuler l'ensemble de la procédure.

Me Thierry Herzog conteste différents éléments, dont la validité de l'expertise psychiatrique réalisée le 7 juin 2011 sur Liliane Bettencourt, 90 ans, et qui avait conclu à sa sénilité. Il soutient également que la saisie de certains agendas de Nicolas Sarkozy par le juge d'instruction est contraire à l'immunité de la fonction présidentielle.

Sa mise en examen a été vécue comme une "injustice" par Nicolas Sarkozy, qui multiplie les conférences privées lucratives depuis sa défaite électorale et n'exclut pas un retour en politique. L'affaire avait été déclenchée en juillet 2010 par le témoignage de membres du personnel de la famille Bettencourt. L'ex-comptable a fait état de 150.000 euros en liquide remis par l'ancien homme de confiance de Liliane Bettencourt, Patrick de Maistre, au trésorier de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, Eric Woerth (qui deviendra ensuite ministre de M. Sarkozy).

D'autres membres du personnel ont déclaré avoir vu Nicolas Sarkozy plusieurs fois au domicile de Mme Bettencourt pendant la période électorale, ce qu'il conteste en affimant ne s'être rendu qu'une seule fois chez elle. Très proche alors de Mme Bettencourt, un photographe mondain, François-Marie Banier, prête dans son journal intime, le 26 avril 2007, ces propos à Mme Bettencourt: "De Maistre m'a dit que Sarkozy avait encore demandé de l'argent. J'ai dit oui". Banier et De Maistre ont aussi été inculpés par la justice pour abus de faiblesse aux dépens de Liliane Bettencourt.

Les juges s'appuient aussi sur deux rapatriements d'argent (400.000 euros à chaque fois) depuis la Suisse ordonnés par Patrice de Maistre, le 5 février et le 26 avril 2007, soit juste avant un rendez-vous entre lui et M. Woerth et le jour-même de la mention dans le journal de M. Banier. En France, le délit de financement illégal est prescrit au bout de trois ans, mais pas celui d'abus de faiblesse, puni jusqu'à trois ans de prison et 375.000 euros d'amende.

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