Commentaire: un louable combat de principe

Comme le demande le sinologue (cf. ci-contre), pourquoi aura-t-il fallu autant de temps et d’énergie pour parvenir à cette conclusion ? Le citoyen belge déplorera qu’une administration ait gaspillé tant d’efforts pour nier l’évidence, étouffer le bon sens et s’enferrer dans une guérilla absurde.

Commentaire: un louable combat de principe
©Johanna de Tessières

"Les Affaires Etrangères mettent bien entendu en œuvre la décision de la Justice et des instructions en ce sens ont déjà été envoyées à notre poste à Canberra", indique le porte-parole du ministère en réaction au jugement de la Cour d’appel de Bruxelles établissant que Marc et Louis Ryckmans, les fils jumeaux de Simon Leys, ont bel et bien la nationalité belge, et qu’il faut leur délivrer un passeport "à leur première demande". Quant à un éventuel pourvoi en cassation, "à ce stade, il n’en est pas question".

On veut donc croire que la délirante "affaire Simon Leys" soit enfin close. Comme le demande le sinologue (cf. ci-contre), pourquoi aura-t-il fallu autant de temps et d’énergie pour parvenir à cette conclusion ? Le citoyen belge déplorera qu’une administration ait gaspillé tant d’efforts pour nier l’évidence, étouffer le bon sens et s’enferrer dans une guérilla absurde. Le contribuable regrettera de faire finalement les frais de cette aimable plaisanterie. Et l’intellectuel soupirera en songeant à tout ce que Leys aurait pu faire de plus utile tandis qu’il était accaparé par la patiente défense des intérêts de sa famille (tout au moins peut-on espérer qu’il compensera ce gâchis par la production de l’essai sur les bureaucrates qu’il s’était promis d’écrire à cette occasion ).

Certains de nos lecteurs ont pu trouver qu’on en faisait trop sur ce dossier, voire que l’intéressé avait indûment profité de sa notoriété. Ils n’ont visiblement pas compris que, non seulement toute injustice mérite d’être dénoncée, mais surtout qu’au-delà de ce cas particulier, ce sont les excès de toute administration tatillonne et bornée qui sont fustigés. Le privilège des gens célèbres est de pouvoir parler et agir au nom des anonymes qui sont généralement impuissants face à la machine bureaucratique, et pas uniquement en Belgique. La France a connu elle aussi des abus comparables à l’affaire Leys, qui n’ont alerté l’opinion et les pouvoirs publics qu’après avoir concerné, en 2010, une personnalité très médiatique : Anne Sinclair.

C’est un combat de principe qui a été mené par Simon Leys, un combat pour la vérité et la justice, parce qu’il n’y a aucune raison de se laisser déposséder de ses droits par une décision arbitraire, quand bien même il eût été facile, en l’occurrence, de remplacer les passeports belges refusés par des passeports que l’Australie (où les Ryckmans vivent depuis 1970) n’était que trop heureuse d’offrir. Comme l’avait souligné Me Sylvie Sarolea, l’avocate des Ryckmans, donner raison à l’Etat belge dans ce dossier revenait à permettre à l’administration de faire n’importe quoi.