Nazis : le public veut plus que le procès

Le procès du trio qui a assassiné neuf personnes d’origine étrangère, plus une policière en 2007, a débuté lundi à Munich, non sans les inquiétudes des parties civiles. Semiya Simsek, une jeune femme turque, dont le père Enver a été en 2000 la première victime du trio terroriste d’extrême droite "Nationalsozialistischer Untergrund" (NSU), clandestinité national-socialiste, exige que "l’Etat allemand réagisse et ne laisse pas seulement la responsabilité à la justice" pour redresser les torts. Aux abords du palais de justice, une centaine de manifestants, des immigrés d’une "Alliance contre la terreur nazie et le racisme", réclament que la lumière soit faite sur les structures néonazies au-delà des agissements du NSU.

Marcel Linden

Allemagne Envoyé spécial à Munich

L

e procès du trio qui a assassiné neuf personnes d’origine étrangère, plus une policière en 2007, a débuté lundi à Munich, non sans les inquiétudes des parties civiles. Semiya Simsek, une jeune femme turque, dont le père Enver a été en 2000 la première victime du trio terroriste d’extrême droite "Nationalsozialistischer Untergrund" (NSU), clandestinité national-socialiste, exige que "l’Etat allemand réagisse et ne laisse pas seulement la responsabilité à la justice" pour redresser les torts. Aux abords du palais de justice, une centaine de manifestants, des immigrés d’une "Alliance contre la terreur nazie et le racisme", réclament que la lumière soit faite sur les structures néonazies au-delà des agissements du NSU.

Dans la salle d’audience bondée ont pris place 77 parties civiles, les proches parents des dix assassinés, huit Turcs, un Grec et une policière; ils sont représentés par 53 avocats, probablement un record. Selon Barbara John, l’interlocutrice du gouvernement Merkel pour les proches des victimes, "les familles veulent surtout savoir comment ces choses ont pu se produire".

Le maxi-procès devrait durer au moins deux ans; le tribunal sous la conduite de l’énergique président Manfred Götzl voudra entendre 600 témoins. Le procès fournira peut-être aussi l’occasion de mener un débat sur les origines de cet étrange terrorisme d’extrême droite, dont on ignorait tout jusqu’au suicide d’Uwe Böhnhardt et Uwe Mundlos le 4 novembre 2011.

Depuis, pendant un an et demi, les partis politiques se sont exclusivement concentrés sur les multiples erreurs commises par la police et les services secrets. Au cours des dernières semaines, la presse allemande et turque s’est entre-déchirée pour les cinquante places réservées aux médias.

Deux choses ont fait cruellement défaut : d’abord, les représentants d’immigrés se sont plaint que la population allemande ait fait preuve de peu de compassion, ensuite, peu d’Allemands se sont demandé pourquoi des jeunes peuvent commettre des crimes aussi barbares.

Pour la "Frankfurter Allgemeine" il s’agit "d’assurer la cohésion de la société" et de récupérer une "subculture" néonazie, ces efforts de réintégration d’adolescents dévoyés étant beaucoup plus durs que la "voie commode de l’indignation". Les audiences prévues mardi et mercredi ont été ajournées. Le procès reprendra le 14 mai.