Affaire Guéant: La défense si malmenée de l’ex-n°2 de l’Elysée

Claude Guéant a décidé de se taire dans toutes les langues. Le début de la descente aux enfers judiciaires pour celui qui, il y a un an encore, était un des hommes les plus puissants de la République?

Bernard Delattre
Affaire Guéant: La défense si malmenée de l’ex-n°2 de l’Elysée
©afp.com

Le début de la descente aux enfers judiciaires, pour celui qui, il y a un an encore, était un des hommes les plus puissants de la République ? Mardi, Claude Guéant a fait savoir qu’il ne s’exprimerait désormais plus dans les médias - mais uniquement devant la justice -, à propos des soupçons dont il est l’objet. L’ex-secrétaire général de l’Elysée puis ministre de l’Intérieur sous Nicolas Sarkozy avait été contraint, ces derniers jours, de faire le tour des rédactions. Pour, sans relâche, y clamer son innocence.

Mais sa ligne de défense avait été assez généralement jugée curieuse. Et sa solitude dans la classe politique était apparue très visible. Il n’en avait pas fallu davantage pour que nombre de commentateurs en viennent à assimiler son sort à celui du ministre déchu Jérôme Cahuzac. Depuis mardi, la situation de Claude Guéant est devenue un peu plus bancale encore.

Toiles de maître et argent liquide

Les juges s’intéressent à lui dans le cadre de l’enquête sur un éventuel financement électoral occulte de Nicolas Sarkozy par l’ex-dictateur libyen Kadhafi. A la faveur d’une perquisition, ils firent, chez Claude Guéant, les deux découvertes à propos desquelles l’intéressé peine à s’expliquer.

D’une part, un demi-million d’euros versés, depuis l’étranger, sur son compte personnel. Selon l’ex-ministre : le produit de la vente, en 2008, de deux tableaux d’un peintre flamand du XVIIe siècle. Problème? D’après les experts des milieux de l’art, la cote de ce peintre ne permet absolument pas d’atteindre un montant si faramineux. Accessoirement, la vente de ces toiles à l’étranger aurait dû être déclarée à la Culture, ce qui ne fut pas fait.

D’autre part, autre découverte faite par les juges, les traces de paiements en liquide pour quelque 25 000 euros, que Claude Guéant reçut quand il était ministre et, auparavant, quand il dirigeait le cabinet du ministre de l’Intérieur Sarkozy. "Des sommes pas très importantes", consacrées à l’achat "d’électroménager", minimisa-t-il . Au risque de paraître très décalé, aux yeux du Français moyen, au pouvoir d’achat régressant.

"La note de Guéant qui piège Guéant"

De l’argent liquide touché au titre de primes, comme "des milliers" de fonctionnaires de l’Intérieur en bénéficiaient à l’époque, ajouta-t-il. Problème ? Les primes de cabinet (les fameux "fonds secrets") furent supprimées dès 2002, par l’alors Premier ministre Lionel Jospin. Et, mardi, "Le Canard Enchaîné", qui révéla l’affaire, a mis en pièces l’autre origine possible de ces espèces : le liquide ayant toujours circulé à l’Intérieur (pour payer les indicateurs, etc.). L’hebdo satirique, en effet, a produit une note datée de 1998, et attribuée à Claude Guéant, alors n°1 de la police nationale. Elle spécifie, noir sur blanc, que de tels fonds ne peuvent "en aucun cas" servir de gratifications à des membres de cabinets.

"Guéant piège Guéant", s’est gaussé le palmipède. L’UMP, manifestement gênée par ce qui pourrait bien devenir le feuilleton politico-financier de l’été, en a été réduite à fustiger "une dérive à l’américaine de la justice française". Où "les tribunaux médiatiques remplacent les tribunaux judiciaires", et où le justiciable est "tenu de prouver son innocence", alors que ce serait à la justice d’établir sa culpabilité.