Le retour des Syriaques en terre turque

S ous les fenêtres du monastère Mor Abrohom fraîchement rénové, où ils sont hébergés depuis quelques semaines, les réfugiés syriaques suivent l’avancée des travaux d’aménagement du camp d’accueil qui sera bientôt réservé aux chrétiens de Syrie (essentiellement syriaques). Ils sont partagés entre le maigre espoir de rentrer un jour en Syrie, l’opportunité que leur offre la Turquie de réintégrer leur région d’origine, le Tur Abdin, et le choix d’un nouvel exil en Europe. En ce week-end pascal, ils partagent d’ailleurs les anciennes cellules monastiques avec un groupe venu d’Europe sous l’égide du Conseil mondial des Araméens (WCA), dont la visite est intitulée "retour au pays".

Jérôme Bastion

Solidarité Reportage Envoyé spécial à Midyat

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ous les fenêtres du monastère Mor Abrohom fraîchement rénové, où ils sont hébergés depuis quelques semaines, les réfugiés syriaques suivent l’avancée des travaux d’aménagement du camp d’accueil qui sera bientôt réservé aux chrétiens de Syrie (essentiellement syriaques). Ils sont partagés entre le maigre espoir de rentrer un jour en Syrie, l’opportunité que leur offre la Turquie de réintégrer leur région d’origine, le Tur Abdin, et le choix d’un nouvel exil en Europe. En ce week-end pascal, ils partagent d’ailleurs les anciennes cellules monastiques avec un groupe venu d’Europe sous l’égide du Conseil mondial des Araméens (WCA), dont la visite est intitulée "retour au pays".

Depuis plusieurs années, la diaspora syriaque, dispersée entre Suède, Suisse, Allemagne, France, Belgique et Pays-Bas, a pris l’habitude de visiter l’ancienne "montagne des serviteurs de Dieu" où prospérèrent des dizaines de monastères jusqu’au début du XXe siècle et le tragique épisode du génocide des Syriaques par le régime Jeune Turc (1915, bilan évalué à 500 000 morts). Avec un succès croissant. "En 2011, nous étions une centaine de participants, l’an dernier près de 130 et cette année 140 à visiter, non sans émotion, la terre de nos aïeux où nous nous sentons toujours un peu chez nous", explique le président du WCA Johny Messo.

Avec, cette année, un agenda particulier imposé par la tragédie syrienne : "Nous avons annulé notre traditionnelle soirée de gala en signe de solidarité avec les réfugiés chrétiens de Syrie accueillis ici et à Istanbul, à qui nous fournissons un soutien financier de plusieurs dizaines de milliers d’euros, et pour marquer notre inquiétude au sujet du métropolite grec orthodoxe d’Alep Boulos al-Yazigi, et du métropolite syro-orthodoxe d’Alep, Gregorios Yohanna Ibrahim, enlevés près d’Alep le 22 avril", souligne Johny Messo. Le président du WCA indique également avoir demandé aux gouvernements de plusieurs pays européens de favoriser chez eux l’accueil des réfugiés chrétiens syriaques.

Une démarche que ne cautionne pas Evgil Türker, président de la Fédération des associations syriaques, lui-même revenu récemment s’installer à Midyat après 22 ans passés en Suisse. "Après avoir dû quitter la Turquie, puis récemment l’Irak, si les Syriaques s’enfuient de Syrie, c’est l’extinction de notre culture dans la région qui est programmée. Nous préférons qu’ils s’installent ici en Turquie et nous les aidons en ce sens, pour qu’ils retournent dès que possible en Syrie", dit-il. Certains de ces réfugiés ont déjà demandé un titre de séjour, voire leur réintégration dans la nationalité turque, que les autorités turques ont promis de leur faciliter.

Suivant un appel au "retour" lancé par le gouvernement turc en 2001, une cinquantaine d’exilés syriaques en Europe ont restauré et réinvesti le village de Kafro (Elbegendi en turc), réinauguré en 2006 après avoir été entièrement vidé en 1993. Cet unique exemple n’a pas encore suffi à amorcer le repeuplement du Tur Abdin de son ancienne population chrétienne. La crise syrienne y aidera-t-elle ?