L’UMP suspend sa guerre des chefs

Le parti sarkozyste devrait renoncer au scrutin interne qui était prévu à la rentrée.

Bernard Delattre
L’UMP suspend sa guerre des chefs
©AFP

Correspondant permanent à Paris

C’était dans l’air depuis longtemps, mais ce devrait être acté ce mardi, par les instances de l’Union pour un mouvement populaire (UMP). Le premier parti d’opposition à François Hollande devrait, formellement ou de facto, renoncer à tenir, à la rentrée de septembre, une nouvelle élection interne pour désigner sa présidence.

L’organisation de ce match retour entre Jean-François Copé et François Fillon figurait pourtant, noir sur blanc, dans l’accord d’armistice qu’avaient signé les deux candidats à la succession de Nicolas Sarkozy. En décembre dernier : après la partie très disputée qu’ils avaient livrée pendant des mois, et qui s’était soldée par un match nul. Sans vainqueur clair, mais avec l’image de l’ensemble du parti qui avait été durablement entachée par les accusations mutuelles de fraude.

Une armée mexicaine

Le report du scrutin (jusque vers 2015), permettrait au parti d’éviter de replonger dans une guerre fratricide : malgré les sourires de façade, les deux camps sont toujours à couteaux tirés, aucun des duellistes n’ayant renoncé à ses ambitions. Cela lui épargnerait aussi de subir à nouveau d’identiques fraudes et contestations, les règles de fonctionnement de l’UMP n’ayant pas encore été structurellement assainies. Accessoirement, voter dès la rentrée serait malvenu pour les finances, déjà précaires, du parti.

Mais il y a un prix à payer, pour cette guerre de leadership laissée pendante. La cohabitation Fillon-Copé au sommet de l’UMP n’a été rendue possible que moyennant la transformation de sa direction en armée mexicaine, chaque poste ou presque ayant été dédoublé pour pouvoir être occupé par un filloniste et par un copéiste. Surtout, en l’absence d’un leader incontesté, et donc d’un choix politique clair, le parti sarkozyste est condamné au flottement idéologique.

Une ligne idéologique flottante

Un flottement qui ne cesse de s’illustrer. On l’a vu quand le camp Fillon a fait la moue, après que le clan Copé eut appelé à continuer à manifester avec les anti-"mariage gay", alors que la loi a été définitivement votée. Ou quand les copéistes ont raillé l’un ou l’autre filloniste ayant rendu public son patrimoine, alors que l’UMP trouve "démagogique" que cela ait été imposé aux ministres. On l’a encore vu dimanche, quand la propre porte-parole du candidat Sarkozy en 2012, Nathalie Kosciusko-Morizet, a pris ses distances avec l’ex-bras droit du même à l’Elysée, Henri Guaino, dans sa croisade contre le juge ayant mis l’ex-Président en examen.

Le même flottement est de mise, depuis des mois, en ce qui concerne la façon dont sera désigné le candidat de l’UMP à la prochaine élection présidentielle, en 2017. Plusieurs barons du parti, en effet, s’opposent à l’organisation d’une primaire pour l’investiture à l’Elysée et/ou s’indignent qu’un tel processus éventuel soit imposé y compris à Nicolas Sarkozy, s’il revenait un jour en politique. Auquel cas, selon eux, lui mériterait un "statut privilégié" - dixit l’ex-ministre Nadine Morano.

Sur ce dernier point, d’ailleurs, les travaux de l’UMP pour la révision de ses statuts pourraient bien, ce mardi, ne pas trancher de manière précise, rédhibitoire et définitive. Afin de ne pas insulter l’avenir, le temps d’en savoir un peu plus sur les intentions de son ancien chef. Mais lui-même attendant de voir comment évoluent son parti et le pays avant de se décider, c’est peu dire que la situation pourrait ne pas s’éclaircir très rapidement, au parti sarkozyste.