Impopulaire, Hollande tente "l’offensive"

Très vite, le ton devient grave… le président français s’attaque au sujet qui intéresse et inquiète le plus les Français, la crise économique. Le poing serré, François Hollande passe "à l'offensive". Les questions des journalistes, acerbes. Décryptage.

Dorian de Meeûs
Impopulaire, Hollande tente "l’offensive"
©AFP

Un an après sa prise de fonctions, le chef de l'Etat français est confronté à un contexte économique très sombre et poussé à accélérer les réformes, y compris par sa majorité. Ce nouveau grand oral, devant 398 journalistes, intervient au lendemain d'une journée noire qui a vu la France entrer officiellement en récession, avec deux trimestres consécutifs de recul du PIB, tandis que le pouvoir d'achat des ménages a connu une baisse record de 0,9% en 2012.

Dans son discours où les nombreuses annonces résonnent davantage comme des rappels que comme des nouveautés, le président Hollande a d’abord tenu à rappeler l’importance et le succès de l’intervention de la France au Mali. Mais très vite, le ton devient grave... le président s’attaque au sujet qui intéresse et inquiète le plus les Français, la crise économique. Le poing serré, François Hollande affirme que l’enjeu est la sortie de la crise économique : "Je le redis ici. La crise financière est derrière nous. Les causes ont été jugulées. Ce qui frappe l'Europe, c'est la récession provoquée par des politiques d'austérité. L'enjeu, c'est la croissance. Les lignes ont bougé en Europe. Depuis un an, la zone euro a été stabilisée. Les instruments de solidarité ont été introduits. L'Union bancaire a été définie. Il y a eu une nouvelle doctrine de la Banque centrale européenne. Les taux d'intérêt ont baissé."

Le président français n’hésite pas à tacler à nouveau Nicolas Sarkozy qui – à ses yeux – n’aurait pas pris les mesures courageuses et nécessaires, tout en se défendant de chercher une "défausse" sur le gouvernement précédent. François Hollande défend sa politique de redressement des comptes publics, au nom de sa "crédibilité" en Europe. "Depuis un an, Jean-Marc Ayrault et le gouvernement ont engagé des réformes essentielles pour le pays. La première, c'est le sérieux budgétaire. Comment ça se prouve le sérieux ? Un indicateur, c'est le niveau de la dépense publique. En 2014, elle reculera d'1 milliard et demi."

Face à une « forme d’impatience des Français », le président appelle l’Europe à passer à « l’offensive », c’est le nouveau mot magique du président, qui avait abusé du mot « combat » lors de sa dernière conférence de presse. Pour passer à cette offensive, il invite l’Europe à nommer un gouvernement économique de la zone euro qui se réunirait tous les mois. Ce dernier devrait harmoniser les fiscalités et lutter contre la fraude fiscale. Selon le président français, la zone euro doit se voir dotée d’une capacité budgétaire et doit lever des emprunts. Hollande va un pas plus loin, car il se dit disposé à réaliser une union politique européenne. Dans la foulée, il répète - une fois de plus - que la courbe du chômage peut être inversée : « Je réédite ici devant vous, en prenant mes risques mais aussi mes responsabilités, que la courbe du chômage peut s'inverser d'ici la fin de l'année. Mais la bataille ne sera gagnée dans la durée que si la croissance revient."

Réactions sur les réseaux sociaux

Sur Twitter et Facebook, les avis sont plus partagés que lors de sa dernière intervention télévisée, même si le scepticisme face aux annonces semble bien ancré… Parmi les mesures annoncées : l'assurance-vie sera réformée, un plan d'épargne action pour les PME sera créé et l'imposition des plus-values mobilières sera révisée. Il est vrai cependant, que François Hollande a profité de l'occasion pour rappeler certaines de ses promesses ou projets déjà évoqués par le passé, comme la nécessité de mobiliser l'épargne.

Tout au long de cette intervention, dans laquelle la voix grave du président était à l'image de son impopularité, les journalistes ont pu apercevoir un chef d'Etat qui voulait clairement afficher sa fermeté de passer... à l'offensive.

Face aux questions des journalistes

Précisons d'abord que l’Élysée ignore les questions qui seront posées par les journalistes. Et c'est peu dire que les questions étaient particulièrement acerbes...

Suite à une question sur les divisions au sein de son gouvernement, François Hollande élude la question et en profite pour décrire Jean-Marc Ayrault comme un Premier ministre "loyal" et "désintéressé". Une manière de le conforter à son poste. Il rappelle - au passage - qu'un remaniement est "possible", mais que celui-ci n'est pas pour aujourd'hui, car "le remaniement n'est pas d'actualité". Bref, il tente de calmer les rumeurs et veut passer à d'autres priorités...

Trop de ministres ? "Au delà des personnes et du nombre, ce qui m'importe c'est la ligne. Il y a une seule ligne au sein du gouvernement. Tous les ministres sont liés les uns aux autres par un pacte, celui de faire réussir la politique que j'ai décidé pour le pays. J'ai été élu par les Français."

Face à son image de président incapable de "présider" et de "trancher", Hollande rétorque sans convaincre: "Je n'ai cessé de décider depuis que je suis là. J'ai appris ce que c'est que d'être président, c'est décider. Je l'ai fait sur des mesures qui n'avaient que trop attendu : la retraite à 60 ans, l'allocation de rentrée scolaire. Mais je ne prétends pas décider et proclamer à la place des autres..."

Quelle part personnelle assume-t-il dans son impopularité, qui est historique pour un président de la Vème république? "On ne cherche pas à être impopulaire. Pendant cette première année je n'ai pas cherché à être populaire mais à prendre les bonnes décisions. Ce qui va compter pour moi à la fin de mon mandat, c'est qu'est ce que j'ai fait qui va permettre à la France d'être plus harmonieuse". François Hollande impute son impopularité à son action dans la "pire période" de la Vème république et à son "refus de l'inertie".

Le président a considérablement réduit ses déplacements, vu les critiques qu'il essuie dans la rue: "Je me déplace dans la rue sans que vous le sachiez, je rencontre des Français qui ne me disent pas que du bien, j'ai pris le train pour aller à Bruxelles. Vous me parlez de Dijon, on est en démocratie, l'interpellation elle fait partie de la démocratie. J'ai regretté qu'on écarte ce syndicaliste qui était là pour se faire entendre, si je me déplace c'est pour entendre. Rassurez-vous je vais partout."


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