Porté disparu, Pierre Piccinin est-il aux mains du Hezbollah ?

On est toujours sans nouvelles de l’enseignant belge Pierre Piccinin da Prata. Cet historien et politologue a disparu le 7 avril dernier en Syrie, dans la région d’Al Qoussayr (entre Homs et la frontière libanaise), en même temps que le journaliste italien Domenico Quirico. Un mois et demi après le dernier message qu’il a envoyé via le réseau social Skype, paraît son nouvel ouvrage consacré au conflit syrien, qu’il suivait depuis les premiers soubresauts de celui-ci au printemps 2011 "Avec les combattants en Syrie" (éd. La Boîte à Pandore), écrit à quatre mains avec le Syrien Yahia Hakomme, est le fruit d’un travail de terrain qu’il affectionnait et qui l’avait conduit à plusieurs reprises en Syrie.

V.B.

SYRIE

On est toujours sans nouvelles de l’enseignant belge Pierre Piccinin da Prata. Cet historien et politologue a disparu le 7 avril dernier en Syrie, dans la région d’Al Qoussayr (entre Homs et la frontière libanaise), en même temps que le journaliste italien Domenico Quirico. Un mois et demi après le dernier message qu’il a envoyé via le réseau social Skype, paraît son nouvel ouvrage consacré au conflit syrien, qu’il suivait depuis les premiers soubresauts de celui-ci au printemps 2011 "Avec les combattants en Syrie" (éd. La Boîte à Pandore), écrit à quatre mains avec le Syrien Yahia Hakomme, est le fruit d’un travail de terrain qu’il affectionnait et qui l’avait conduit à plusieurs reprises en Syrie.

Les circonstances de sa disparition demeurent nébuleuses, voire mystérieuses en l’absence de toute revendication. "Tout est possible, car on ne sait rien", résume le co-auteur de l’ouvrage, un étudiant en sciences politiques syrien exilé en Belgique après avoir connu la prison et la torture. Pour lui, Pierre Piccinin peut très bien avoir été enlevé par un groupe, tué lors d’un contrôle à un barrage de l’armée "Tout le problème est de savoir avec quel groupe il a quitté Al Qoussayr", affirme Yahia Hakomme.

"Il m’avait demandé des conseils avant de repartir en Syrie. Je lui avais répondu de ne pas y aller car le Hezbollah venait d’y entrer en action", raconte Yahia Hakomme. D’après lui, les combattants du Parti de Dieu, des chiites pro-iraniens, avaient systématisé leurs opérations de soutien à l’armée syrienne.

La ville la plus stratégique

Vendredi dernier, le journal libanais "L’Orient-Le Jour" publiait un courrier signé d’un ami de Pierre Piccinin adressé au chef du parti libanais Hezbollah, Hassan Nasrallah. Cette longue missive demande, s’ils sont bien "aux mains de votre parti ou du régime que vous soutenez", la libération de ces deux personnes qui "n’ont jamais porté une arme à feu, mais une arme à encre" et dont le "seul crime est d’avoir voulu témoigner de la vérité d’un drame au quotidien pour saisir l’histoire, à défaut de la conscience humaine".

Aujourd’hui, Al Qoussayr est le théâtre de violents combats qui ont pour enjeu son contrôle. Actuellement aux mains des rebelles, la ville serait en passe d’être reprise par les troupes syriennes, aidées par les combattants libanais du Hezbollah. Ce serait un coup dur pour la rébellion, notamment parce que cette région est cruciale pour l’approvisionnement en armes de la rébellion.

"Qoussayr est la ville la plus stratégique pour les deux camps. Si les rebelles gardent Qoussayr, on coupe l’accès à l’Etat alaouite", affirme M. Hakomme, la ville se trouvant sur la route de cette région du nord-ouest de la Syrie, sur la côte méditerranéenne, peuplée majoritairement par cette minorité confessionnelle, celle du président Bachar al Assad.

"Si Qoussayr tombe (aux mains de l’armée), cela veut dire que la révolution est finie", ajoute Yahia Hakomme. Mais, tempère-t-il, "si l’armée reprend un centimètre carré, elle est incapable de le garder". Pour lui, le régime est fini.

Il préfère critiquer l’opposition, parce qu’elle n’est pas encore en mesure de formuler une alternative crédible. "Critiquer le régime aujourd’hui reviendrait à tourner en rond", dit-il.

Yahia Hakomme critique notamment la surreprésentation des Frères musulmans dans la Coalition nationale des forces de la révolution et de l’opposition syrienne. Ceux-ci, estime-t-il, sont incapables de prendre une décision pour le peuple syrien dans son ensemble. "Dans une révolution, il faut savoir mettre l’idéologie de côté jusqu’au moment où elle est terminée. Après, on peut exprimer ses opinions", prétend M. Hakomme.

Il dessine quelques lignes rouges au-delà desquelles les combattants rebelles garderont les armes à la main : si Bachar al Assad reste au pouvoir; s’il n’y a pas de réforme de l’armée et des services de renseignements; et s’il n’y a pas de force armée arabe pour séparer les belligérants quand une solution politique sera prête. Autant de points sur lesquels aucun consensus n’existe pour le moment.