Ces banlieues qui brûlent

Les banlieues de Stockholm, à forte immigration, sont en colère. Le gouvernement accuse des casseurs, tandis que le pays s’interroge sur l’intégration des immigrés.

Ces banlieues qui brûlent
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Slim Allagui

Le professeur Bo Malmberg au département de géographie humaine à l’université de Stockholm, a suivi de "très près" ces dernières années le déroulement des émeutes dans les banlieues des villes suédoises, à forte concentration d’immigrés, notamment autour de la capitale suédoise.

Son diagnostic est clair : il n’hésite pas à qualifier la situation des banlieues sensibles "d’apartheid", comme celui qu’on a vu dans d’autres pays dans le monde. "Oui, c’est de l’apartheid, car tous les ingrédients sont là : un haut niveau de ségrégation scolaire, socio-économique et d’isolement par rapport au reste de la société", a-t-il dit vendredi à "La Libre Belgique". "Une ségrégation qui commence tôt sur les bancs de l’école, où les parents suédois de souche, notamment de catégorie moyenne, inscrivent leurs enfants ailleurs que dans les établissements fréquentés par les immigrés", indique-t-il.

Le fossé entre "eux et nous" (les Suédois) se creuse là et s’approfondit. Les enfants des banlieues défavorisées sont souvent des immigrés qui connaissent des difficultés scolaires et décrochent plus facilement, selon ce chercheur.

Ces jeunes laissés à eux-mêmes, peu éduqués, ont ensuite "beaucoup de mal à trouver du travail et à s’intégrer, car il faut avoir un minimum de qualifications pour avoir un emploi", formant ainsi "une masse désenchantée, frustrée et isolée dans son ghetto".

Echec de l’intégration ? Le professeur Malmberg n’est pas d’accord sur ce constat qui occupe la une des médias. "Non, je ne pense pas que le gouvernement a failli à sa politique d’intégration, car il faut 7 à 8 ans à un immigré nouveau venu pour se former et d’accéder au marché du travail, et certains y réussissent", souligne-t-il. "Le problème est plutôt la répartition des revenus qui bat de l’aile et les inégalités qui touchent les plus mal lotis", assure-t-il.

Ainsi à Husby, la ville où les émeutes ont commencé, les revenus de ceux qui travaillent sont 40 % inférieurs à la moyenne nationale. "Les basses catégories sociales, les pauvres, qui habitent en majorité les banlieues sensibles ont vu leurs revenus diminuer, contribuant à leur précarité", relève-t-il. "Le risque de révolte est plus grand dans des zones paupérisées, à haut niveau de ségrégation et avec beaucoup de pauvres", note cet expert, et c’est ce "qu’on voit maintenant".

Il faudrait, selon lui, "un nouveau regard et des efforts redoublés" sur les banlieues pour "améliorer les revenus de leurs habitants et aider réellement les jeunes à s’éduquer afin de pouvoir trouver un emploi, clé de leur intégration et de leur mieux-vivre", selon ce professeur.

Le regard d’un criminologue

Pour le criminologue Manne Gerell, qui a fait une étude sur la révolte de la cité immigrée Rosengaard à Malmoe (sud de la Suède), les émeutes dans les banlieues de Stockholm sont "alimentées par le même mal de vivre et l’isolement". "Les gens sont pauvres. Beaucoup d’entre eux sont nés à l’étranger et ils sentent qu’ils ne font pas partie de la majorité de la société", estime-t-il.

Des frustrations qui s’accumulent et qui éclatent parfois au grand jour, d’autant que "les jeunes ont une grande défiance envers la police, représentante de l’autorité, qu’ils accusent de racisme" à leur égard, selon ce criminologue.


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