La diversité sociale de plus en plus absente dans les écoles hollandaises

En se promenant dans les rues d’Amsterdam, on croise parfois, comme dans la majorité des villes européennes, des classes entières d’enfants, encadrées par des professeurs. Ils se rendent en rang ou en chahutant à la piscine, au musée ou vers d’autres activités parascolaires. Par contre, il est rare de voir, comme ici, des groupes entiers composés seulement de petits enfants turcs, marocains ou africains. Car il apparaît qu’un tiers des écoles primaires publiques ne reflètent pas la diversité ethnique de la population de leur quartier.

Sonia Johnson

Pays-Bas Reportage Correspondante à Amsterdam

En se promenant dans les rues d’Amsterdam, on croise parfois, comme dans la majorité des villes européennes, des classes entières d’enfants, encadrées par des professeurs. Ils se rendent en rang ou en chahutant à la piscine, au musée ou vers d’autres activités parascolaires. Par contre, il est rare de voir, comme ici, des groupes entiers composés seulement de petits enfants turcs, marocains ou africains. Car il apparaît qu’un tiers des écoles primaires publiques ne reflètent pas la diversité ethnique de la population de leur quartier.

Les Néerlandais parlent de "zwarte school" (école noire), quand une école accueille plus de 70 % d’enfants d’origine étrangère, et de "witte school" (école blanche) quand au moins l’un des deux parents d’une grande majorité est néerlandais.

Les recherches sont pourtant unanimes : il faut au maximum 30 % d’enfants en difficulté dans une école pour obtenir un bénéfice pour tous.

Le choix des familles

Finalement, les parents font un peu leur marché. Un site mis en place par la municipalité permet de comparer les diverses performances des écoles avec le nombre d’élèves, la qualité des locaux, la pédagogie, les résultats du "Cito" (l’examen de fin d’études du cycle primaire) et les avis d’inspection. Dans un même quartier, il est donc facile de constater, en se rendant à la sortie des classes, que plus le pourcentage d’élèves d’origine étrangère est important, moins le niveau de l’école apparaît satisfaisant.

Cette mère de famille sans tabous reconnaît ne pas avoir hésité à "délocaliser" ses enfants. "J’ai visité toutes les écoles de mon quartier où les habitations sont privées, sociales et locatives avec une bonne mixité de la population. Je suis aussi passée pendant les récréations et les sorties pour voir si les parents me ressemblaient quelque peu. Et, bien sûr, je ne voulais pas d’une école composée à 50 % d’enfants qui ne parlent pas notre langue à la maison. A la fin, j’en ai choisi une située environ à 15 minutes à vélo, pas vraiment loin, mais pas dans le quartier."

Exemple frappant, l’école primaire française d’Amsterdam s’est installée dans un arrondissement populaire proche de la place des musées. Elle remplace une école publique néerlandaise composée d’une majorité d’enfants dont les deux parents sont issus de l’immigration et qui a fermé ses portes, il y a quatre ans, pour cause de trop faible fréquentation. Pourquoi cet établissement primaire n’a-t-il pas réussi à recomposer une population diversifiée ? Pour un enseignant, l’explication est simple : "Le quartier a changé, des immeubles ont été rénovés, des squats réhabilités en appartements modernes, de nouvelles familles au niveau social plus élevé se sont installées et ont inscrit leurs enfants ailleurs".

Que dit la loi ? L’article 23 de la Constitution adoptée en 1917 donne aux parents la liberté d’éducation. A l’époque, cette mesure représentait un bon compromis entre libéraux et chrétiens. Les écoles religieuses et publiques sont toujours financées par l’Etat, qui ne peut intervenir dans leur pédagogie. Toute discrimination par une institution scolaire publique est bien entendu interdite par la loi.

Au secours des communautés, l’institut Forum, dédié aux affaires multiculturelles, est indépendant et délivre des informations sous forme d’études et de statistiques dans le but d’une meilleure stabilité sociale. Son représentant, Deniz Arslan, reste très prudent quand il expose les premiers résultats d’une recherche sensible.

"Nous avons fait une étude à très petite échelle : trois villes, 30 familles immigrées et huit professionnels de l’éducation. Sur le simple processus de sélection des écoles, 13 familles sur 14 n’ont pas été acceptées dans celle de leur choix. Des recherches plus importantes devraient être entreprises par le gouvernement. Il semble que les origines ethniques soient un frein à l’acceptation de certains enfants."

Ne pas se sentir les bienvenues, atterrir sur une longue liste d’attente, être redirigées vers une école désavantagée sans avoir les bonnes connaissances du système, ou simplement entendre que l’école affiche complet sont des expériences rapportées par les familles. Au vu de ces informations allant à l’encontre d’un accès égal à l’éducation dans un pays qui reconnaît ce droit, le débat sur un enseignement élitiste s’invite de nouveau aux Pays-Bas.