Une noce historique, à défaut de concorde

L’"apaisement". C’était le mot du jour, en France mardi. Jour où a été officiellement publié le décret d’application de la loi ouvrant le mariage aux couples homosexuels. Et veille, surtout, de la première noce de ce type, dans ce pays.

Bernard Delattre, correspondant à Paris
Une noce historique, à défaut de concorde
©AFP

L’“apaisement”. C’était le mot du jour, en France mardi. Veille du premier mariage de deux homosexuels, dans ce pays. Il sera célébré ce mercredi à Montpellier (Languedoc), unira deux hommes en couple depuis sept ans, et se déroulera en présence de 700 invités, dont nombre de représentants de médias du monde entier.

L’“apaisement”, la ministre de la Famille l’a invoqué mardi, en annonçant qu’elle ne serait finalement pas de la noce. Son désistement a été ordonné en haut lieu. Jean-Marc Ayrault a donné consigne à ses ministres de s’abstenir de politiser, par leur présence, des cérémonies devant selon lui se banaliser, et relever de la stricte sphère privée. Seule assistera à la noce la ministre ayant les droits des minorités dans ses attributions. Elle le fera “dans la discrétion”, et à titre privé (en tant qu’amie des époux).

L’opinion aimerait qu’on passe à autre chose

L’“apaisement”, c’est ce que réclame aussi la maire de Montpellier. Pour qui “ce mariage comme les autres” ne devrait pas nécessiter de mesures particulières de sécurité. Les autorités veilleront au grain, néanmoins, pour parer à tout grabuge des anti-“mariage gay”. Car, mardi, leur leader (à présent débordée, par les radicaux), Virginie Merle-Tellenne, dite “Frigide Barjot”, si elle a exhorté les siens “à l’apaisement total”, les a aussi invités à aller à Montpellier, pour “y ouvrir le débat sur la filiation”.

Même si la noce se déroule sans heurts, l’“apaisement” n’est pas au programme de nombre d’opposants, bien décidés à ne “rien lâcher” et à continuer à “harceler” le pouvoir. L’opinion, d’après tous les sondages, veut que l’on passe à autre chose ? Le sujet du “mariage gay” pourrait bien interférer d’une façon ou d’une autre sur le scrutin municipal de 2014.

Dans l’immédiat, les gagnants et perdants de ces mois de pugilat pourraient bien ne pas forcément être ceux que l’on croit.

Des gagnants pas sûrs, des perdants certains

La communauté gay a obtenu gain de cause. Mais au prix d’une réforme très a minima : la filiation (procréation médicalement assistée, etc.) en a été exclue. Son encommissionnement, vraisemblablement pour longtemps, est une victoire, pour les opposants. Tout comme la frange la plus conservatrice de l’électorat est ravie de “l’apaisement” que professe désormais le duo Hollande/Ayrault sur tous les sujets de société (euthanasie, drogues, etc.).

Dans la classe politique, François Hollande voit sa cote de popularité (un peu) se redresser, depuis qu’il a promulgué la loi. L’électorat de gauche fait bloc : comme il se doit, s’agissant d’un sujet très clivant. Mais cette embellie sondagière pourrait ne pas durer. Et la façon hésitante avec laquelle il géra ce dossier ne dut pas contribuer à amoindrir ses déficits d’autorité et de lisibilité. Quant à l’opposition de droite, il est encore plus clair qu’elle sort perdante de cette si longue et fiévreuse séquence. Qui a remis en lumière, jusqu’à la caricature, son absence de ligne claire et de leadership incontesté.

Sans doute se jugent-ils à terme gagnants, eux : la garde des Sceaux Christiane Taubira (qui, à gauche, a conquis une réelle aura), et les casseurs de l’extrême droite radicale (leur audience médiatique fut inversement proportionnelle à leur représentativité : groupusculaire). Mais deux grands perdants apparaissent, de façon plus claire et immédiate. D’une part, un certain art de vivre ensemble : les violences et propos homophobes ont flambé. D’autre part, et du coup, l’image de la France, à l’étranger. Où l’on suivit avec un œil souvent médusé la tournure que prit ce débat, dans ce pays.


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