Berger chinois et bergère américaine

Attendu en fin de semaine en Californie pour une rencontre au sommet avec Barack Obama, le nouveau président chinois Xi Jinping effectue une tournée remarquée en Amérique centrale. Après un passage par Trinité-et-Tobago, au cours du week-end, il achève ce mardi une étape au Costa Rica, avant de se rendre au Mexique.

Philippe Paquet

Caraïbes

Attendu en fin de semaine en Californie pour une rencontre au sommet avec Barack Obama, le nouveau président chinois Xi Jinping effectue une tournée remarquée en Amérique centrale. Après un passage par Trinité-et-Tobago, au cours du week-end, il achève ce mardi une étape au Costa Rica, avant de se rendre au Mexique.

C’est le deuxième déplacement à l’étranger de M. Xi depuis sa désignation à la tête de la République populaire en mars dernier (il avait pris, quatre mois plus tôt, les rênes du Parti communiste chinois). Le premier l’avait conduit à Moscou, en Tanzanie et en Afrique du Sud. En deux voyages, le nouvel homme fort de la Chine aura donc réussi à résumer d’emblée les priorités diplomatiques de son administration : Russie et Etats-Unis, Afrique et Amérique latine. De ces choix, l’Europe est notablement absente (même si la Suisse et l’Allemagne ont reçu, dans l’intervalle, la visite du nouveau Premier ministre Li Keqiang). Tout comme l’Asie, à un moment où les tensions sont vives entre la Chine et plusieurs de ses voisins (Japon, Philippines, Vietnam, Birmanie, Inde ) ; ici aussi, c’est Li Keqiang qui, en se rendant en Inde et au Pakistan, a assuré le service minimum.

La priorité ainsi donnée à l’Afrique et l’Amérique latine est révélatrice de la stratégie chinoise, dont le moteur est devenu la diversification des sources d’approvisionnement en énergie et en matières premières pour soutenir la croissance de l’économie chinoise (en parallèle, les partenariats noués sur ces deux continents permettent à Pékin de développer de nouveaux débouchés à l’exportation : les pays concernés sont d’ores et déjà inondés de produits chinois, ce qui n’est d’ailleurs pas sans créer des crispations, d’aucuns dénonçant une nouvelle forme de colonialisme).

Les motivations économiques de la diplomatie chinoise sont particulièrement évidentes dans le cas présent. La Chine a, en effet, signé un accord de coopération pétrolière avec le Mexique, que Pékin souhaite approfondir, tandis que le secteur pétrolier et gazier est en plein essor à Trinité-et-Tobago - une perspective qui justifiait à elle seule cette toute première visite d’un président chinois dans une nation anglophone des Caraïbes.

Xi Jinping a profité de son arrêt à Port d’Espagne pour rencontrer d’autres dirigeants de la région (Grenade, Dominique, Surinam, Bahamas, Jamaïque, Barbade, Guyana ). S’il a été question avec eux de la promotion des relations commerciales, cette marque d’intérêt rappelle aussi que c’est dans cette partie du monde que Taïwan trouve la moitié des 23 pays qui entretiennent encore des relations diplomatiques avec elle. La Chine communiste s’emploie donc à éroder ce bastion resté fidèle à la "Chine de Chiang Kai-shek", avec un certain succès puisque la Dominique (en 2004), Grenade (en 2005) et, surtout, le Costa Rica (en 2007) ont rompu avec Taipei pour reconnaître Pékin.

La percée chinoise en Amérique latine est enfin la réponse du berger à la bergère. Alors que le renforcement de la présence des Etats-Unis dans le bassin Asie-Pacifique procure à la Chine un sentiment d’"encerclement" ou de "confinement", Pékin riposte en prenant solidement pied dans des pays qui, en vertu de la doctrine Monroe (1823), constituaient le pré carré des Américains. Significativement, la visite de M. Xi à Trinité-et-Tobago a suivi de peu celle du vice-président Joe Biden.