"Ces salauds ont détruit nos vies"

De toutes les révélations du FMI, c’est celle qui confirme crûment que le sauvetage de la Grèce n’était nullement le but recherché par l’austérité, qui fait le plus mal aux Grecs. "Ah, les salauds", s’exclame Despina Koutsoumba, archéologue, "ils ont détruit nos vies pour sauver leur système et ils n’avaient même pas le courage de le dire en face". "Ils nous ont vraiment pris pour des cons", renchérit son amie Irini, professeure, "mais quand on le criait dans les manifestations, on nous taxait de gauchistes irresponsables!"

Angélique Kourounis

Grèce Correspondante à Athènes

De toutes les révélations du FMI, c’est celle qui confirme crûment que le sauvetage de la Grèce n’était nullement le but recherché par l’austérité, qui fait le plus mal aux Grecs. "Ah, les salauds", s’exclame Despina Koutsoumba, archéologue, "ils ont détruit nos vies pour sauver leur système et ils n’avaient même pas le courage de le dire en face". "Ils nous ont vraiment pris pour des cons", renchérit son amie Irini, professeure, "mais quand on le criait dans les manifestations, on nous taxait de gauchistes irresponsables!"

Cette colère est très largement partagée en Grèce. Le "Journal des Rédacteurs", né de la crise et seul quotidien autogéré, titrait jeudi matin: "La recette était mauvaise mais on l’a appliquée", avec pour dessin satirique la patronne du FMI et le Premier ministre grec signant un accord où est écrit, "on s’est trompé, payez".

Les Grecs doivent payer

Le quotidien de pro-gouvernemental "Ta Nea", titre lui aussi sur l’erreur que les Grecs doivent malgré tout payer: "On s’est trompé avec l’austérité" en grosses lettres à la une et met en avant les déclarations du ministre des Finances qui, à l’époque du premier mémorandum exigeant l’austérité, en 2010, dirigeait l’IOBE, un think thank du patronat. "Je leur avais dit que mettre l’accent sur la rigueur et non sur les réformes structurelles était une erreur." Et Yiannis Stournara de conclure: "Mais il est très positif de tirer des leçons de ses erreurs."

Sauf qu’il n’est pas dit que le FMI tire vraiment des leçons de son mauvais jugement puisque le cap sur l’austérité est maintenu. Christine Lagarde, la patronne du FMI, et son représentant en Grèce affirment en effet qu’"il est trop tôt pour parler d’allègement d’impôts" et qu’"il faut lever l’interdiction de vente aux enchères des maisons dont les propriétaires ne peuvent plus payer le crédit" - ce que la coalition gouvernementale veut absolument éviter.

Que faut-il de plus?

Les syndicats qui, eux aussi, avaient, dès le début de la crise, dénoncé les différents plans de rigueur comme "catastrophiques et inefficaces", sont montés au créneau, jeudi, tout comme l’opposition de gauche qui demande: "Que faut-il de plus pour changer de politique?"

Les réseaux sociaux ne sont pas en reste. Ainsi Leonidas Vatikiotis, économiste, co-auteur du film militant "Debtocracy" et "Catastroika", ironise: "La reconnaissance de son erreur par le FMI est un message pour les futurs investisseurs. (Les Grecs) sont des bouseux", écrit-il, "servez-vous !" Son tweet a été repris des centaines de fois.

Le magazine alternatif "Unfollow" écrit de son côté: "Le FMI ou l’industrie du pardon. Le Fonds n’a fait aucune erreur. La Grèce est même l’un de ses plus grands succès."

Lagarde stigmatisée

Ioanna, elle, se demande "pourquoi, Messieurs, mon avenir a-t-il été sacrifié pour l’Eurozone ?" Un autre internaute, qui a quitté la Grèce pour Londres, stigmatise Christine Lagarde pour qui "l’année 2011 était une année perdue"; "et les autres années", interroge-t-il, "elles étaient quoi exactement?"

L’internaute "Keep Talking Greece" a, quant à lui, non sans humour, rédigé un faire-part de deuil attribué au FMI: "Profondément désolés. Nous vous avons couillonné avec le mauvais programme. Il est temps d’en appliquer un nouveau."

D’autres internautes se demandent depuis mercredi soir ce que vont dire les journalistes-vedettes du pays, essentiellement de la télévision, qui, ces trois dernières années, ont défendu bec et ongles le programme du FMI comme le seul possible pour sauver la Grèce. Rien, probablement. De fait, on ne les entend pas beaucoup ces dernières 48 heures...