J-P Philippot: l'arrêt de ERT, un geste "inqualifiable"

Le ton est grave. Rarement dans sa carrière, tant à la tête de la RTBF que de l’UER (union des radios-télévisions publiques européennes), Jean-Paul Philippot aura-t-il eu à commenter une décision aussi radicale.

Hubert Heyrendt
J-P Philippot: l'arrêt de ERT, un geste "inqualifiable"
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Le ton est grave. Rarement dans sa carrière, tant à la tête de la RTBF que de l’UER (union des radios-télévisions publiques européennes), Jean-Paul Philippot aura-t-il eu à commenter une décision aussi radicale. "Envoyer la police pour couper l’émetteur d’un média, qu’il soit public ou privé, cela ne se conçoit pas dans une démocratie. En 2013, je ne pensais pas que ce puisse être à l’ordre du jour. La brutalité de la décision et les modalités de sa mise en œuvre m’ont choqué. J’ai reçu de nombreuses réactions de mes collègues partout en Europe pour me faire part de leur émotion. C’est grave parce qu’en empêchant les journalistes de faire leur travail, on musèle la démocratie. Il s’agit d’un appauvrissement en matière de pluralisme, qui est pourtant le fondement même d’une démocratie active. C’est grave aussi parce que l’opérateur public audiovisuel, en Grèce comme ailleurs, est souvent le premier promoteur des expressions culturelles, en produisant des films, des séries, des documentaires, des magazines C’est la culture grecque aussi qui est touchée."

Si l’Union n’impose pas à un État membre de disposer d’un service public audiovisuel (pas plus que la Constitution belge), elle permet néanmoins son financement par les États, grâce à une dérogation à la règle générale prévue dans un protocole au traité d’Amsterdam. "Le Parlement européen l’a encore réaffirmé il y a peu dans un rapport, où il déclare que le système européen est fondé sur un système hybride mêlant acteurs publics et privés. Cela fait partie intégrante de la construction européenne."

Si l’UER dénonce violemment la "décision brutale, sans appel et aux conséquences dramatiques" du gouvernement grec, "cela ne signifie pas pour autant que nous prônions le statu quo de l’ERT ou que nous pensions que le service public audiovisuel doit être à l’abri des efforts exigés", précise M. Philippot. Ajoutant que l’UER se tient à la disposition de la Grèce si elle souhaite une aide pour moderniser sa télé publique. Après avoir eu de nombreux échanges, mardi et mercredi, avec ses homologues grecs, le président de l’UER s’interroge sur les intentions du gouvernement. "Il annonce la fermeture de l’ERT et, dès le lendemain, il présente un projet de loi qui précise même le nom de la future chaîne. Cela a été préparé; cela aurait pu être négocié. C’est tout simplement inqualifiable dans une démocratie européenne."

Et de souligner l’économie relative réalisée par l’État grec, qui ne subventionnait l’ERT qu’à hauteur de 10 millions d’euros, sur un budget global de 330 millions - contre environ 800 millions, si l’on additionne VRT, RTBF et chaînes locales, en Belgique, qui compte le même nombre d’habitants que la Grèce - le reste étant financé par la redevance. M. Philippot s’étonne enfin de la discrétion de la Commission européenne qui, dans son communiqué, dit "comprendre la situation difficile de l’ERT" et "se réjouit du lancement l’engagement grec de lancer un nouveau média public". Mais qui, jamais, ne condamne l’arrêt des émetteurs. "Ce n’est pas une réponse dont on peut se satisfaire ! Je la trouve inquiétante et nous demanderons des clarifications dans les prochains jours à la Commission."


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